À Kinshasa, Daniel Mukoko plaide pour une stabilité économique qui prépare la transformation de l’Afrique

À Kinshasa, le ministre congolais de l’Économie nationale, Daniel Mukoko, a défendu mardi l’idée qu’une économie ne se transforme pas durablement sans stabilité macroéconomique. Lors d’un colloque international organisé par l’Université catholique du Congo (UCC) avec la faculté de l’Économie et développement (FED), il a expliqué que maîtriser l’inflation, tenir les comptes publics et préserver les équilibres extérieurs crée un cadre plus solide pour investir, produire et créer des emplois.

Le ministre a présenté cet enjeu comme un choix de long terme : « Lorsqu’on parle de la croissance future, cela signifie qu’il faut assurer la croissance future pour les générations futures », a-t-il déclaré, en insistant sur la responsabilité de la génération actuelle à « organiser le changement structurel ».

Stabilité, emploi, croissance : les objectifs qui se tiennent ensemble

Daniel Mukoko a rappelé que la stabilisation macroéconomique vise d’abord des repères simples : une stabilité interne, c’est-à-dire des prix qui restent sous contrôle, et une stabilité externe, liée au compte courant, donc à l’équilibre entre ce qu’un pays gagne à l’extérieur et ce qu’il dépense en importations, services et transferts.

Dans ce cadre, il a mis en avant trois objectifs macroéconomiques : la croissance, l’emploi et la stabilité. Le message est clair : viser un seul objectif au détriment des autres fragilise l’ensemble. Une croissance sans emplois nourrit la frustration sociale. Une stabilité qui étouffe l’activité finit par s’user. Une économie qui crée des emplois sans gains de productivité peut voir les coûts augmenter et perdre en compétitivité.

Le ministre a justement insisté sur la productivité du travail, un indicateur central en finances publiques comme en politique économique. « Il n’y a pas de stabilité seule si les salaires augmentent plus vite que la productivité du travail », a-t-il expliqué. Pour lui, la productivité progresse quand l’économie investit et se modernise : accumulation du capital (équipements, infrastructures, outils de production) et progrès technique (innovation, technologie, meilleures méthodes).

Selon Daniel Mukoko, les politiques de stabilisation recouvrent un ensemble de mesures : monétaires (pilotées par les banques centrales), budgétaires (niveau des recettes et des dépenses) et des actions plus structurelles. Leur objectif est de maîtriser l’inflation, de rendre la dette soutenable et de préserver l’équilibre externe. Sans cela, a-t-il souligné, le fonctionnement de l’économie se dégrade : l’incertitude augmente, l’investissement ralentit, et la croissance devient irrégulière.

Mais le ministre a voulu aller plus loin : la stabilité est « nécessaire », pas suffisante. Il a lié la croissance durable à un changement structurel, qu’il décrit comme un déplacement de la main-d’œuvre des secteurs à faible productivité vers ceux à plus forte productivité. En clair, faire en sorte que le travail se fasse davantage dans des activités qui créent plus de valeur, mieux rémunèrent et tirent l’économie vers le haut.

Pour mesurer la capacité d’un pays à réussir ce basculement, il a cité trois indicateurs du marché du travail : le taux d’emploi (capacité d’absorption de la main-d’œuvre), le taux de participation (part des personnes en âge de travailler présentes sur le marché du travail) et la proportion de la population à l’âge actif (structure démographique). Ces éléments, selon lui, conditionnent la transition vers une productivité moyenne plus élevée.

Enfin, Daniel Mukoko a appliqué cette logique à deux leviers économiques concrets. D’abord la rente minière : il a appelé à la transformer en « compétitivité durable », en construisant une économie capable de faire émerger trois à cinq filières exportables où le pays dispose d’un avantage comparatif. Ensuite l’agriculture : il a insisté sur la transformation agricole pour réduire la facture des importations alimentaires, en ciblant des produits stratégiques comme le manioc, le maïs, le soya, le haricot et le palmier à huile, afin de limiter une dépendance qui coûte cher au trésor public.

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