Entre mi-septembre et mi-octobre 2025, la parité CDF/USD est passée d’environ 2 800 à 2 200, soit une appréciation de 21 %. Sur un panier de 40 produits suivis par le ministère de l’Économie, les prix de détail diminuent en moyenne de 13 %. La transmission du change vers les étiquettes reste donc partielle : près de la moitié du gain de devise seulement se retrouve chez le consommateur. Mécaniquement, l’appréciation réduit le coût d’acquisition des importations (fret, dédouanement, règlements fournisseurs) et soulage la trésorerie des grossistes, mais l’ajustement au détail dépend encore des stocks achetés à l’ancien taux et des marges de distribution.
Où la correction des prix s’observe déjà — et où elle coince
Les lignes les plus exposées au commerce extérieur réagissent d’abord. Poissons congelés, riz importé, huiles raffinées (Regina, Oki), viandes/volailles, matériaux de construction : baisses de 15 % à près de 50 % selon les références. Le ciment et les tôles se replient d’environ 16 % à 20 %. Dans ces segments, l’élasticité au taux de change est élevée : dès que la facture en dollars recule, le gros répercute plus vite, le demi-gros suit, puis le détail.
Le contraste apparaît sur les produits à forte composante locale (pain, condiments courants, boissons, savon, pétrole lampant, charbon) : variations limitées, souvent entre –5 % et –10 %. Les coûts domestiques freinent la baisse : transport urbain et interprovincial, énergie onéreuse, logistique fragmentée, pertes sur la chaîne. Les détaillants protègent leur marge tant que la détente n’est pas jugée durable dans l’amont.
Le format de vente pèse lourd dans la diffusion du gain de change. Sur les grandes unités (sacs, cartons, bidons), les rabais atteignent 18 % à 28 %. Sur les petites unités (verre, « kopo », bouteille), la correction se limite souvent à 5 %–10 %. L’ultra-fractionnement renchérit l’unité de consommation ; il agit comme un coussin qui amortit la baisse, ce qui pénalise les ménages à revenus très serrés qui achètent au jour le jour.
Plusieurs rayons restent quasi stables : boissons alcoolisées et non alcoolisées, condiments comme le sel ou la tomate affichent des variations proches de l’étale (–6 % à +6 %). Deux facteurs dominent : faible exposition directe au dollar pour certaines chaînes d’approvisionnement et comportements défensifs sur les marges dans le commerce de proximité tant que l’ancrage du change n’est pas considéré comme acquis.
Face à ces écarts, l’administration renforce le suivi fin des prix via l’application TALO (collecte géolocalisée, formats, marques). Objectif : isoler l’endroit de la chaîne où la baisse se bloque (importateur, gros, semi-gros, détail), distinguer les différences légitimes de coûts des rigidités injustifiées et déclencher des échanges ciblés avec les organisations professionnelles pour améliorer la répercussion. L’enjeu immédiat tient en trois paramètres : stabilité de la parité autour de 2 200 CDF/USD, détente des coûts domestiques (transport, énergie) et reconstitution des stocks à prix révisés.
Lecture synthétique : 1) appréciation du CDF de 21 % sur la période ; 2) baisse moyenne observée de 13 % sur 40 produits ; 3) correction marquée sur l’import, limitée sur le local ; 4) format de vente décisif pour capter le bénéfice du change. Si la parité se maintient et si les coûts internes cessent de pousser, l’écart entre le signal monétaire et l’étiquette devrait se réduire au fil des réassorts. La feuille de route est claire : stabiliser, mesurer, faire passer la détente jusqu’au panier de la ménagère.
— Peter MOYI


