Privé de recettes à l’Est, l’Ogefrem vise 207,063 millions USD de produits et 44,204 millions USD d’autofinancement en 2026

L’Office de gestion du fret multimodal (Ogefrem) aborde l’année 2026 avec un double défi : une partie de ses recettes échappe toujours à son contrôle à cause de la guerre à l’Est de la RDC, alors que son budget prévoit une hausse marquée des produits et un grand projet d’investissement au poste frontalier de Kasumbalesa.

Un Office fragilisé par la guerre mais en quête de relance

Depuis près de trente ans, la succession de conflits armés à l’Est du pays a coûté des millions de vies, déplacé des populations entières et affaibli l’économie. L’Ogefrem n’a pas été épargné. Ses installations situées dans les zones aujourd’hui occupées ne sont plus sous le contrôle de la direction générale depuis près d’un an, alors que le personnel continue de toucher son salaire chaque mois.

Le directeur général, William Kazumba, rappelle que ces pertes de recettes ne sont pas théoriques. Elles touchent des entités bien identifiées à l’Est de la RDC, comme Goma, Ishasha, Bunagana, Kamanyola et d’autres postes frontaliers. Ce sont des points clés pour le fret et les opérations d’import-export. Quand ces zones échappent à l’autorité de l’Office, une partie des ressources disparaît.

Dans ce contexte, la direction de l’Ogefrem dit soutenir la démarche diplomatique du président Félix Tshisekedi pour ramener la paix. Pour William Kazumba, le retour de l’autorité de l’État sur ces territoires permettra aussi à l’Office de reprendre le contrôle de ses agences, de sécuriser ses recettes et de remettre pleinement ses équipes au travail sur le terrain.

Malgré cette situation, l’Office a continué à payer les agents affectés dans les entités sous occupation. La direction y voit une manière de maintenir le lien avec ces équipes et de préparer la reprise dès que les conditions de sécurité le permettront. Parallèlement, la commission budgétaire a même inscrit des crédits pour ces entités dans le budget 2026, pariant sur l’aboutissement des efforts de pacification.

Sur le plan politique, le directeur général a adressé des remerciements appuyés au chef de l’État, qu’il présente comme un homme engagé pour la paix et l’intégrité du territoire. L’idée est claire : sans stabilisation de l’Est, la marge de manœuvre économique de l’Ogefrem restera limitée.

Dans ce paysage encore instable, le message central de la direction est de montrer que l’Office reste debout, qu’il s’adapte et se projette déjà sur l’après-guerre, avec un budget et des projets structurants.

Le budget 2026 marque cette volonté de rebond. La commission budgétaire, présidée par Naser Moko, a présenté des prévisions en nette progression par rapport à 2025. Pour l’exercice en cours, les produits s’élèvent à 173 223 810 USD et les charges à 143 707 061 USD. Pour 2026, les projections atteignent 207 063 936 USD de produits et 162 859 662 USD de charges.

La marge brute d’autofinancement prévisionnelle se fixe à 44 204 274 USD. Elle résulte d’une hausse attendue de 20 % des produits et d’une augmentation limitée à 13 % des charges. Pour l’Ogefrem, cela signifie plus de ressources propres pour financer ses investissements, si ces prévisions se concrétisent. William Kazumba se dit « pleinement satisfait » de ces arbitrages, qu’il juge ambitieux mais réalistes.

Le directeur appelle toutefois l’ensemble des responsables à transformer ces chiffres en résultats concrets. L’Office devra intensifier la mobilisation des recettes, limiter les dépenses non essentielles et suivre de près l’exécution du budget. L’idée est de ne pas casser l’élan alors que se profilent de nouveaux projets, dont le Port sec de Kasumbalesa.

Ce projet illustre la nouvelle trajectoire que veut prendre l’Ogefrem. Le 1ᵉʳ décembre 2025, l’Office a signé un contrat de concession du Port sec de Kasumbalesa avec la firme sud-africaine Yellowstone Consortium, sous le patronage du vice-Premier ministre, ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba. Le contrat court sur vingt-trois ans, dont trois années de travaux.

Kasumbalesa est un passage stratégique sur le corridor entre la RDC et les pays de l’Afrique australe. Un port sec moderne peut fluidifier le trafic, réduire les temps d’attente des camions et générer plus de recettes pour l’Ogefrem et pour l’État. La direction présente ce contrat comme le plus grand projet jamais porté par l’Office, appelé à servir de modèle à d’autres investissements dans différentes régions du pays dès 2026.

Pour accompagner ce basculement vers une gestion plus rigoureuse, la direction générale veut instaurer une culture de performance renforcée. Des commissions dédiées au suivi budgétaire et à l’exécution des investissements verront le jour. Leur rôle sera de contrôler l’avancement des projets, de vérifier l’utilisation des crédits et de garantir une meilleure discipline dans la gestion quotidienne des entités.

Les travaux de la commission budgétaire ont aussi permis de faire le point sur l’exécution du budget 2025 au 30 septembre. Selon le rapport présenté par le directeur Mota, les équilibres fondamentaux de l’Office ont été moins perturbés que prévu. Il attribue ce résultat à une gestion serrée des dépenses et à une péréquation des produits entre les entités.

Les chiffres de l’évaluation donnent une photographie assez précise de la situation :

  • 73 % de réalisation pour les objectifs, stratégies et actions prévus pour 2025 ;
  • 87,82 % pour les produits ;
  • 94,56 % pour les charges ;
  • 15,45 % seulement pour les investissements.

Ces données montrent que l’Ogefrem parvient globalement à respecter ses engagements opérationnels et à encaisser une grande partie des recettes visées. En revanche, le niveau des investissements reste faible par rapport aux plans initiaux, ce qui justifie la volonté de renforcer le suivi des projets et de mieux utiliser la marge d’autofinancement à partir de 2026.

La commission budgétaire insiste aussi sur la formation du personnel. Elle recommande d’intensifier le renforcement des capacités et salue la décision du directeur général de relancer la cellule des formateurs internes. Cette structure doit rassembler les cadres qui maîtrisent les différents domaines de gestion de l’Office, pour diffuser les bonnes pratiques dans toutes les entités.

Les travaux de cette session budgétaire se sont déroulés en présentiel pour les directeurs du siège et en ligne pour les responsables des entités et des représentations. Cette organisation illustre une réalité : même dispersées sur le territoire et parfois coupées par la guerre, les équipes de l’Ogefrem restent connectées et impliquées dans la préparation de l’avenir de l’Office.

Entre pertes de recettes dans les zones sous occupation, grand projet à Kasumbalesa et budget 2026 en hausse, l’Ogefrem se trouve à un moment charnière. La paix à l’Est et l’application stricte des décisions budgétaires diront si cet effort de relance se traduit, dans les faits, par plus de services, plus de recettes et plus d’investissements au bénéfice de l’économie congolaise.

— M. KOSI

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