RDC et Éthiopie préparent un accord commercial appuyé par le corridor de Lobito

Kinshasa et Addis-Abeba veulent structurer leurs échanges pour mieux utiliser un marché composé de plusieurs millions de consommateurs, pendant que la Banque mondiale discute avec la RDC des infrastructures du corridor de Lobito, clef pour faire circuler plus vite les marchandises.

Accord bilatéral, fret aérien et corridor, une même logique de connexion économique

Le 11 décembre 2025 à Kinshasa, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a reçu l ambassadeur d Éthiopie en RDC, Mekuria Cetachew Worku. Les deux responsables ont convenu d avancer vers un accord commercial bilatéral entre la République démocratique du Congo et la République fédérale d Éthiopie, avec un objectif précis, transformer une demande déjà existante en flux commerciaux organisés.

Les deux capitales, Kinshasa et Addis-Abeba, comptent parmi les villes les plus peuplées du continent. Elles concentrent un pouvoir d achat élevé pour les produits alimentaires et les biens de consommation courante. L ambassadeur éthiopien a souligné que plusieurs produits alimentaires congolais trouvent déjà des clients sur le marché éthiopien. Cela signifie que le commerce existe, mais qu il reste fragmenté et peu structuré, ce qui augmente les coûts de transaction pour les opérateurs.

Pour le gouvernement congolais, une partie de la réponse passe par le transport aérien. Julien Paluku a plaidé pour une utilisation accrue des cargos dans le cadre du partenariat Air Congo. Des capacités de fret mieux utilisées peuvent réduire les délais entre producteurs congolais et acheteurs éthiopiens. Pour un pays enclavé comme l Éthiopie, la liaison aérienne directe avec la RDC peut sécuriser des approvisionnements réguliers, notamment en produits alimentaires.

Afin de donner une base technique à cette volonté politique, les deux parties ont décidé de créer une commission mixte d experts. Cette instance devra préparer une feuille de route, identifier les familles de produits prioritaires, proposer des allègements de procédures douanières et définir un cadre clair pour les opérateurs privés. Sur le plan économique, ce type d accord permet en principe de réduire l incertitude réglementaire pour les entreprises et de mieux planifier les investissements.

Dans la même journée, le ministre du Commerce extérieur a tenu une réunion avec une délégation de la Banque mondiale conduite par Binyam Reja, responsable du Transport et des Infrastructures. Au centre des discussions, le projet du corridor de Lobito, qui doit relier plus efficacement le sud-est minier de la RDC au port angolais de Lobito.

Le segment congolais du corridor, de Sakania dans le Haut-Katanga à Dilolo dans le Lualaba, est stratégique. Il connecte la RDC au réseau ferroviaire vers l Angola. Pour un pays exportateur de minerais, la fiabilité de cette chaîne logistique pèse directement sur les coûts d évacuation des produits et sur la compétitivité des exportations. Des retards sur la voie ferrée, des goulets d étranglement aux frontières ou des capacités de stockage insuffisantes peuvent réduire les recettes d exportation et peser sur la balance des paiements.

La réunion a aussi porté sur des outils précis pour fluidifier le commerce. Les postes frontaliers à arrêt unique doivent permettre aux transporteurs de traiter les formalités en un seul point, ce qui réduit le temps d immobilisation des camions et des trains. Les ports secs, installés à l intérieur du territoire, jouent un rôle de centres logistiques, avec des fonctions de stockage, de contrôle et de réexpédition. Bien conçus, ces dispositifs contribuent à réduire les coûts logistiques unitaires et améliorent la prévisibilité des délais, deux paramètres importants pour les exportateurs comme pour les importateurs.

Le projet du corridor de Lobito ne se limite pas aux rails et aux routes. Les échanges avec la Banque mondiale ont intégré l agriculture, l énergie, la transformation locale des ressources naturelles et la formation professionnelle. L idée est de faire en sorte que la circulation des marchandises s accompagne d une montée en gamme de l appareil productif congolais. Quand l énergie est plus disponible et que la main-d œuvre est mieux formée, les entreprises locales peuvent transformer davantage de matières premières sur place, ce qui accroît la valeur ajoutée captée sur le territoire national.

Pour suivre l ensemble de ces chantiers, une équipe mixte d experts a été mise en place. Elle aura pour mission d accélérer la mise en œuvre des engagements de la Banque mondiale, de suivre le calendrier des travaux et de s assurer de la cohérence entre l accord commercial en préparation avec l Éthiopie et le déploiement des infrastructures du corridor. Pour la RDC, l articulation entre accords commerciaux ciblés et grandes infrastructures régionales conditionne la capacité à tirer pleinement profit de ses échanges et à soutenir durablement ses recettes extérieures.

Signé, M. KOSI

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