À fin décembre 2025, les crédits bruts accordés par les banques opérant en République démocratique du Congo ont atteint 10,266 milliards de dollars, selon la Banque centrale du Congo (BCC). Le stock de prêts progresse de 2,5 % par rapport à novembre et affiche une hausse de 20,2 % sur un an, un rythme qui confirme l’accélération du financement bancaire de l’économie.
D’après les données de la BCC, cette hausse est surtout portée par deux moteurs : l’augmentation des crédits aux petites et moyennes entreprises (PME) et le renforcement des concours à l’administration publique centrale. Ce double mouvement traduit, à la fois, une demande de financement du secteur productif et des besoins plus élevés de l’État, dans un contexte où le crédit bancaire reste l’un des canaux clés de financement à court et moyen terme.
Une progression surtout en devises, sur fond de dollarisation
La ventilation par devise met en évidence une tendance structurante du système financier congolais. Les crédits libellés en monnaies étrangères augmentent de 2,5 % sur le mois, tandis que les crédits en monnaie nationale reculent de 1,7 %. Cette divergence rappelle le poids de la dollarisation : une partie importante des transactions, des revenus et des financements reste adossée à des devises, ce qui influence la manière dont les banques prêtent et dont les emprunteurs s’endettent.
Concrètement, un crédit en devise peut faciliter l’accès au financement pour les acteurs dont les recettes sont elles-mêmes en devise, notamment dans certains segments liés aux exportations. À l’inverse, lorsqu’une entreprise ou un ménage gagne surtout en monnaie nationale, la structure du crédit devient plus sensible aux variations de change et au coût de remboursement, même si les chiffres publiés par la BCC ne détaillent pas ici les conditions de taux ou de maturité.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité de 2024, année durant laquelle les crédits bancaires avaient déjà progressé de 17,3 %, selon la BCC. La croissance avait alors été soutenue par la hausse des financements accordés aux entreprises privées, aux ménages et à l’administration centrale, signe d’un élargissement des besoins de financement au-delà des seuls grands projets.
Les données sectorielles confirment par ailleurs la place centrale de l’activité minière dans l’économie et dans la distribution du crédit. L’industrie extractive demeure le premier bénéficiaire, avec 35,4 % de l’encours total. Elle est suivie par les autres services (hors administration publique), qui concentrent 27,1 % des financements. Cette structure reflète un paysage où le secteur extractif, fortement intégré aux flux d’exportation, reste au cœur de la création de valeur et des besoins de financement, même si d’autres segments de services captent aussi une part élevée du crédit.
Sur le plan géographique, la concentration est marquée. Kinshasa absorbe 47,5 % des encours, devant le Haut-Katanga (35,7 %), le Lualaba (9,6 %) et le Nord-Kivu (2,6 %). Cette répartition met en évidence le rôle des principaux pôles économiques et miniers dans l’accès au financement bancaire, avec une présence plus limitée du crédit dans d’autres provinces.
Au total, la progression des encours fin 2025 illustre un secteur bancaire plus actif dans l’allocation de crédit, avec une dynamique portée à la fois par les besoins des entreprises et ceux de l’État, dans une économie où la prédominance des financements en devises reste visible dans les chiffres de la banque centrale.
— M. KOSI
