La Régie des voies aériennes (RVA) veut informatiser la collecte de l’Infrastructure Development Funds (Idef), plus connue sous le nom de Go-Pass. L’entreprise publique a lancé, le 23 septembre 2025, un appel d’offres international pour acquérir des équipements et un logiciel destinés à digitaliser le paiement de cette redevance aéroportuaire en République démocratique du Congo.
L’avis précise que les entreprises intéressées devaient déposer leurs offres au plus tard le 25 novembre 2025. À ce stade, aucune communication officielle n’indique si le processus a abouti. Une initiative similaire avait déjà été annoncée en juin 2025, sans information publique sur sa suite. Cette répétition illustre une volonté affichée de moderniser le système, mais aussi les lenteurs qui entourent sa mise en œuvre.
La Go-Pass est payée par tous les passagers au départ des aéroports congolais. Son objectif est clair sur le papier : financer la modernisation des infrastructures aéroportuaires et l’acquisition d’équipements nécessaires à la sécurité et à l’exploitation de l’aviation civile. Pourtant, sa collecte et sa gestion font l’objet de critiques depuis plusieurs années.
Une redevance sous pression, entre recettes élevées et opacité persistante
En 2021, le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) publiait un rapport sévère sur la gestion de cette redevance. Le document soulignait l’impossibilité de retracer correctement l’ensemble des recettes générées par la Go-Pass. En cause, un système de paiement basé sur des coupons remis aux voyageurs, sans traçabilité numérique fiable.
Selon le GEC, ce mode de collecte a favorisé l’émergence de réseaux parallèles. Des carnets portant les mêmes numéros de série circulaient, rendant tout contrôle sérieux difficile. Le rapport indiquait aussi que la réconciliation bancaire, c’est-à-dire la vérification entre les montants collectés et les sommes réellement versées sur les comptes, était volontairement évitée par certains dirigeants afin de masquer des détournements.
Ces critiques ne sont pas nouvelles. Dès 2012, la Cour des comptes pointait déjà, dans un rapport consacré au recouvrement et à l’utilisation de l’Idef, des faiblesses importantes de gouvernance. Elle relevait le contraste entre les montants collectés et l’état de dégradation de nombreuses infrastructures aéroportuaires, signe d’une utilisation inefficace ou mal documentée des fonds.
La redevance a pourtant un rendement élevé. Fixée par arrêté le 19 mars 2009, elle est de 50 USD pour chaque passager sur les vols internationaux et de 10 USD pour les vols nationaux. Pour le fret, les taux varient entre 0,005 et 0,070 USD selon la nature du trafic et le sens de la marchandise. Ces montants, cumulés sur plusieurs années et sur l’ensemble du réseau aéroportuaire du pays, représentent une source de revenus importante.
Lors de ses auditions à l’Assemblée nationale en mai 2025, le directeur général de la RVA, Léonard Ngoma Mbaki, aujourd’hui suspendu, avançait un chiffre précis. Selon lui, la Go-Pass aurait généré environ 363 millions USD entre sa création en 2009 et le 31 décembre 2024. Ce chiffre donne une idée de l’enjeu financier et explique pourquoi la question de la transparence reste centrale.
Le dirigeant expliquait que ces recettes ne servent pas uniquement à financer des travaux directs. Une partie est utilisée comme garantie pour des prêts contractés par la RVA. D’autres montants servent de contrepartie dans des projets financés par la Banque africaine de développement, notamment les phases 1 et 2 du Projet prioritaire de sécurité aérienne en RDC.
Il défendait aussi l’idée que les investissements réalisés ne sont pas toujours visibles pour les passagers. Selon ses propos, la Go-Pass finance des infrastructures techniques essentielles au fonctionnement des aéroports, comme les casernes anti-incendie, les centrales électriques ou les travaux de lutte contre l’érosion. Des équipements indispensables à la sécurité aérienne, mais rarement perceptibles pour les usagers, qui continuent de s’interroger sur l’impact concret de la redevance qu’ils paient.
C’est dans ce contexte que la digitalisation du paiement revient au centre du débat. Un système informatisé permettrait, en théorie, de tracer chaque paiement, de limiter les manipulations manuelles et de faciliter la réconciliation bancaire. Pour les voyageurs, cela pourrait aussi signifier une procédure plus simple et plus rapide. Pour l’État et la RVA, l’enjeu est surtout de restaurer la crédibilité d’un mécanisme de financement qui rapporte des centaines de millions de dollars, mais dont la gestion reste contestée.
La réussite de ce projet dépendra moins de l’achat de machines ou de logiciels que de la volonté réelle d’appliquer des règles de transparence et de contrôle. Sans cela, la digitalisation risque de rester une annonce de plus, dans un dossier où les chiffres sont élevés, mais la confiance toujours fragile.
— M. KOSI
