À Kinshasa, la 17ᵉ édition de l’Africa Banking Forum 2026 met en lumière les mutations profondes du secteur bancaire africain, avec un accent particulier sur les modèles capables de concilier stabilité, innovation et inclusion. Lors d’un panel dédié, le modèle bancaire marocain a été présenté comme une source d’inspiration pour les pays africains, dans un contexte où les banques cherchent à s’adapter à la montée des fintechs et aux exigences d’une économie de plus en plus digitalisée.
Régulation solide, digitalisation rapide et inclusion : les piliers d’un modèle en mutation
Intervenant au forum, Ilham Zainane, Directrice générale adjointe de Bank Al-Maghrib, a mis en avant les ressorts de la résilience du système bancaire marocain, fondé sur une régulation prudente et alignée sur les standards internationaux. Ce cadre permet d’assurer une stabilité face aux chocs, tout en structurant la gouvernance du secteur autour d’organes spécialisés en politique monétaire et en surveillance financière.
Au-delà de la régulation, la transformation digitale constitue un levier central. Le développement du paiement mobile, l’ouverture de comptes à distance et l’intégration de technologies comme la RegTech participent à moderniser les services bancaires et à réduire la dépendance au cash. Cette évolution s’accompagne d’un objectif clair : élargir l’accès aux services financiers, notamment dans les zones encore peu couvertes.
Malgré ces avancées, le défi de l’inclusion financière reste important, avec une part significative de la population encore non bancarisée. Le modèle marocain met ainsi en avant la complémentarité entre banques traditionnelles, établissements de paiement et fintechs pour atteindre ces segments, une approche qui fait écho aux débats actuels en RDC et dans plusieurs économies africaines.
Sur le plan stratégique, les banques marocaines se positionnent également comme des acteurs clés de la coopération Sud-Sud, en s’étendant sur le continent et en jouant un rôle d’interface entre les marchés africains et internationaux. Cette dimension régionale renforce leur capacité à accompagner le financement du développement, tout en consolidant leur base de ressources grâce à la progression des dépôts.
Cependant, plusieurs défis persistent. Les intervenants ont souligné les risques liés aux tensions géopolitiques, aux évolutions climatiques et à l’accélération technologique, qui fragilisent les systèmes financiers. À cela s’ajoutent des enjeux structurels comme l’accès au crédit pour les PME, la promotion de l’entrepreneuriat féminin, le renforcement des compétences humaines et la montée en puissance de la finance verte.
Dans ce contexte, le modèle marocain apparaît comme une combinaison entre discipline réglementaire, innovation technologique et ambition continentale. Pour les acteurs réunis à Kinshasa, la question n’est plus seulement de reproduire ce modèle, mais de l’adapter aux réalités locales afin de construire des systèmes bancaires capables de financer durablement la croissance africaine.
— M. KOSI
