Le sommet Africa Forward se tient à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 avec plus de 1 500 participants attendus, plus de 30 chefs d’État annoncés et plusieurs institutions financières internationales mobilisées autour des questions d’investissement et de développement. Pour Junior Mbuyi, CEO de JPG Consulting Partners et président d’Africa Risk, le débat dépasse désormais la simple recherche de capitaux étrangers. L’enjeu est de savoir comment les économies africaines peuvent utiliser davantage leur propre épargne pour financer leurs entreprises, leurs infrastructures et leur industrialisation.
À Nairobi, le dialogue économique entre l’Afrique et l’Europe prend une nouvelle orientation. Pendant plusieurs années, les discussions étaient surtout centrées sur l’attraction des investissements étrangers vers le continent. Cette question reste importante, mais elle ne suffit plus pour répondre aux besoins de financement des économies africaines. Pour Junior Mbuyi, l’Afrique doit aussi renforcer ses propres capacités financières en mobilisant l’épargne locale et en développant des marchés de capitaux capables de soutenir des projets de long terme.
Le sommet, organisé sous le thème des partenariats Afrique-France pour l’innovation et la croissance, réunit des dirigeants politiques, des investisseurs, des entreprises et plusieurs institutions financières. Le programme accorde une place importante aux questions de financement du développement, d’énergie, de santé, d’agriculture, d’intelligence artificielle et d’industrialisation. Le forum d’affaires du 11 mai est notamment soutenu par Proparco, Bpifrance et Business France, avant une deuxième journée consacrée aux grands enjeux du financement international.
Le financement local devient un enjeu de souveraineté économique
Dans ses interventions, Junior Mbuyi met l’accent sur quatre sujets : la mobilisation de l’épargne domestique, le développement des marchés financiers africains, les partenariats public-privé et la liquidité du capital-investissement. Derrière ces notions techniques se trouve une question simple : comment financer les routes, les centrales électriques, les industries et les entreprises africaines avec une part plus importante de capital africain.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs mécanismes restent à renforcer. Les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les banques et les fonds d’investissement doivent pouvoir financer davantage de projets de long terme. Sans structures financières solides, une partie importante de l’épargne africaine reste peu utilisée pour soutenir l’économie réelle. Le développement de marchés financiers plus profonds pourrait aussi permettre aux États et aux entreprises de lever des ressources localement plutôt que de dépendre presque exclusivement des capitaux étrangers.
Le choix du Kenya pour accueillir cette rencontre porte aussi une dimension politique et économique. Selon l’Élysée, il s’agit du premier sommet de cette nature coprésidé avec un pays anglophone. Paris cherche ainsi à élargir son dialogue africain au-delà de son espace francophone traditionnel, dans un contexte marqué par la concurrence économique internationale et par la volonté de plusieurs pays africains de rééquilibrer leurs partenariats.
Pour les organisateurs, Africa Forward doit aller au-delà des déclarations politiques. Le sommet sera surtout observé sur sa capacité à faire avancer des mécanismes concrets de financement : fonds de garantie, véhicules d’investissement, partenariats public-privé mieux structurés et marchés de capitaux capables d’accompagner les besoins croissants du continent. Pour plusieurs acteurs africains, la souveraineté économique passe désormais par une capacité plus forte à financer localement la croissance et les infrastructures.
— Peter MOYI
