Trois ans après sa mise sous administration provisoire, Afriland First Bank RDC affiche des pertes de 50,4 millions de dollars à fin 2025 et des fonds propres négatifs de 116,9 millions de dollars. Les chiffres de la Banque centrale du Congo dressent le portrait d’une institution dont le redressement n’a toujours pas abouti.
Le mouvement de grève des agents de santé de Gbadolite, dans le nord-ouest du pays, qui réclament des salaires impayés via l’agence locale d’Afriland, n’est qu’un symptôme. Derrière, c’est toute la structure financière de la banque qui vacille.
Le signe le plus parlant : son produit net bancaire — l’équivalent du chiffre d’affaires d’une banque, qui mesure ce qu’elle gagne sur ses crédits, ses commissions et ses placements — est négatif, à -4,68 millions de dollars. Le reste du secteur bancaire congolais, lui, dégage collectivement 2,241 milliards de dollars. Autrement dit, Afriland dépense plus qu’elle ne gagne sur son activité de base.
Un portefeuille de crédits largement compromis
La banque détient 175 millions de dollars de crédits bruts, mais seulement 37,8 millions, soit 21,6 % du total, sont considérés comme sains. Le reste ne produit plus d’intérêts. Pour couvrir ce risque, Afriland a provisionné 131,9 millions de dollars, une somme qui pèse lourd sur ses comptes.
À cela s’ajoute la perte de marchés publics. En 2025, la banque s’est vu retirer le paiement des enseignants et des frais de fonctionnement de 2 039 établissements scolaires dans cinq entités, soit environ 29 513 agents et un volume mensuel d’environ 12 milliards de francs congolais. Ces contrats sont passés à d’autres institutions financières.
La situation est d’autant plus grave que les banques actives en RDC doivent afficher un capital minimum de 50 millions de dollars depuis janvier 2025. Afriland en est très loin, avec des fonds propres en territoire négatif.
Placée sous le régime de résolution depuis janvier 2023 — le stade ultime de supervision bancaire, activé quand la survie d’un établissement est en jeu — la banque n’a toujours pas retrouvé ni rentabilité ni solvabilité. Dans ce cadre, le commissaire à la résolution dispose de pouvoirs étendus, y compris celui de modifier la structure du capital sans l’accord des actionnaires.
L’actionnaire majoritaire, Afriland First Group, contrôlé par le milliardaire camerounais Paul Kammogne Fokam, a anticipé l’issue. Dans un communiqué du 12 février 2026, le groupe affirme avoir été « évincé » du capital par l’État congolais et la BCC, et dit avoir saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) pour contester ce qu’il qualifie d’« expropriation ».
— M. KOSI
