Après le retrait de 400 Mds CDF et 50 M USD d’interventions, la BCC fait passer le taux directeur à 17,5 % et compresse l’USD de 2 913,5 à 2 367,1 CDF.

La Banque centrale du Congo a retiré 400 milliards CDF du marché entre le 15 septembre et le 15 octobre, soutenu le franc par 50 millions USD d’interventions et abaissé le taux directeur de 25 % à 17,5 % le 7 octobre 2025. Le dollar est passé d’un pic à 2 913,5 CDF à un creux à 2 367,1 CDF en 90 jours, avec une volatilité mensuelle proche de 1 %.

L’appréciation récente ne s’apparente pas à un simple rattrapage. Elle découle d’une séquence monétaire coordonnée : absorption massive de CDF lors de l’échéance fiscale du 15 septembre–15 octobre, signal de change appuyé par des ventes ciblées de devises et recalage des taux d’intérêt. Le taux indicatif a été défendu autour de 2 776 CDF pour un USD, marqueur de la volonté d’asseoir l’autorité de la BCC sur la formation des prix en monnaie nationale. Le recul de la liquidité en CDF a comprimé la demande de dollars, stabilisé les anticipations et permis un desserrement mesuré du coût de l’argent. Avec une inflation à 8,5 % en glissement annuel fin juillet 2025, le niveau de 17,5 % maintient un rendement réel positif, favorable à la détention du franc et au crédit.

Un gain de pouvoir d’achat immédiat, des signaux mixtes pour la compétitivité

Un franc plus ferme allège la facture des importations. Les ménages rémunérés en CDF gagnent en pouvoir d’achat sur les produits indexés en USD, ce qui accélère la désinflation importée. Les entreprises qui importent des intrants bénéficient d’un coût abaissé, facteur de marge à court terme.

Le tableau se nuance côté compétitivité externe. La surévaluation du taux de change effectif réel, estimée entre 7,5 % et 13,7 % en 2024, risque de s’amplifier avec l’appréciation nominale. Les secteurs hors mines — agriculture, petites industries, services tradables — voient leur position relative se dégrader face aux concurrents étrangers, tandis que les biens importés gagnent du terrain sur le marché local. L’arbitrage devient délicat : préserver la crédibilité monétaire sans étouffer la diversification.

La structure dollarisée de l’économie pèse sur la transmission. Une large part des dépôts et des contrats reste libellée en USD, ce qui limite la portée des instruments classiques. La stratégie de dédollarisation mise sur trois ressorts : stabilité du CDF, rémunération réelle positive et fluidité des paiements en monnaie nationale. La réussite passe par l’incitation plutôt que la contrainte afin d’éviter des décalages de bilan et un risque de défaut sur les emprunts en devises.

Les réserves internationales ont progressé à environ 5,5 milliards USD fin 2023, soit près de deux mois d’importations. La marge de manœuvre demeure étroite pour amortir un choc durable sur les cours du cuivre et du cobalt, sources principales de devises. Les interventions de marché doivent rester adossées à des entrées régulières : recettes d’exportation, IDE, appui budgétaire. À défaut, la défense d’un palier de change éroderait les réserves et fragiliserait le signal de crédibilité.

La suite dépendra de la continuité budgétaire et opérationnelle. Le non-recours au financement monétaire doit s’ancrer dans la durée. La coordination Trésor–BCC autour du pilotage de la liquidité mérite d’être institutionnalisée, tandis que le marché interbancaire gagnerait à une meilleure rémunération des excédents en CDF et à des facilités véritablement accessibles. L’objectif final reste inchangé : un franc stable, utile au quotidien et suffisamment attractif pour que les agents économiques l’adoptent sans y être forcés.

— M. KOSI

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