BCC : les dépôts bancaires passent de 14,5 à 15,7 milliards USD et le taux directeur chute de 25 % à 17,5 %

Depuis près de quatre mois, le franc congolais gagne du terrain face au dollar américain. Cette évolution se voit désormais dans les chiffres des banques, dans les réserves de change du pays et dans le niveau de l’inflation. Fort de ces résultats, le Comité de politique monétaire a décidé de baisser fortement le taux directeur de la Banque centrale du Congo.

Quand la monnaie se stabilise, la confiance revient

La situation a été présentée lors de la 71ᵉ réunion du Conseil des ministres, le 19 décembre 2025, à la Cité de l’Union africaine, sous la direction du président Félix Tshisekedi. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, y a résumé un message central : la stabilité du franc congolais commence à produire des effets visibles dans l’économie.

D’après les données de la BCC, le total des dépôts bancaires est passé à 15,7 milliards USD, contre 14,5 milliards USD trois mois plus tôt. En d’autres termes, les ménages, les entreprises et les institutions laissent davantage leur argent dans le système bancaire. C’est un signe de confiance dans les banques, mais aussi dans l’avenir de l’économie.

Autre élément important : la part des dépôts en francs congolais est montée de 10 % à 12,4 %. Plus de personnes acceptent donc de conserver leur argent dans la monnaie nationale, et non plus uniquement en dollars. Pour une économie qui cherche à renforcer sa souveraineté monétaire, cette progression compte.

Le compte rendu lu par le porte-parole du gouvernement précise que le taux de change se situe autour de 2 136 francs congolais pour 1 dollar américain. La Banque centrale s’attend à ce que ce niveau reste globalement stable. Les réserves de change couvrent au moins trois mois d’importations de biens et services, ce qui donne un « matelas » de sécurité pour faire face à des chocs extérieurs.

La BCC affirme aussi que les principaux indicateurs macroéconomiques restent bien orientés, avec une inflation annuelle autour de 2 %. Une inflation basse signifie que les prix des biens et services augmentent peu. Pour les ménages, cela aide à préserver le pouvoir d’achat, surtout pour les produits de base.

Le gouverneur souligne enfin que les cours mondiaux des matières premières importantes pour la RDC évoluent de manière favorable. Pour un pays exportateur de minerais, ces prix jouent un rôle direct sur les recettes d’exportation, les rentrées de devises et, à terme, sur les finances publiques.

Dans ce contexte, André Wameso insiste sur la nécessité de maintenir une bonne coordination entre la politique monétaire (gérée par la BCC) et la politique budgétaire (gérée par le gouvernement). L’objectif est simple : garder la stabilité des prix et protéger le pouvoir d’achat, même en période de risques internes ou externes. Il recommande aussi de suivre de près l’évolution des prix sur le marché intérieur et de renforcer la communication économique, pour limiter les rumeurs et rassurer le public.

Les mesures de la BCC qui ont préparé cette accalmie

Le Comité de politique monétaire (CPM) rappelle que cette stabilité ne vient pas seule. Elle résulte d’un ensemble de décisions prises ces derniers mois.

La BCC est intervenue directement sur le marché de change le 18 août 2025, en vendant 50 millions USD. Ce type d’intervention permet de répondre à une demande trop forte de dollars et d’éviter une envolée du taux de change. Quand la Banque centrale injecte des devises sur le marché, elle calme les tensions et soutient la monnaie locale.

La BCC a aussi actualisé le taux de change utilisé pour calculer la réserve obligatoire sur les dépôts en dollars. Ces dépôts, convertis en francs congolais depuis décembre 2021, ont donné lieu à une ponction de 371 milliards CDF. Concrètement, la Banque centrale a retiré une partie de la liquidité en circulation dans le système bancaire. Ce resserrement technique limite la création de crédit non maîtrisée et participe à la stabilité du franc congolais.

À cela s’ajoute une meilleure organisation du marché de change et une gestion plus rigoureuse de la liquidité bancaire. En encadrant mieux les flux de devises et la circulation de l’argent entre les banques, la BCC réduit les mouvements spéculatifs et les à-coups sur le taux de change.

Fort de ces résultats, le CPM estime que le moment est venu d’alléger le coût de l’argent. Il a donc décidé d’assouplir la politique monétaire. Le taux directeur de la BCC, qui est le taux d’intérêt auquel la Banque centrale prête aux banques commerciales, passe de 25,0 % à 17,5 %. La baisse est de 750 points de base, ce qui est très important.

Le taux des facilités de prêt marginal, c’est-à-dire le taux appliqué aux prêts d’urgence accordés aux banques, recule lui aussi de 30,0 % à 21,5 %. En réduisant ces deux taux, la Banque centrale envoie un signal clair : la phase de forte tension monétaire s’apaise, et le crédit peut, à terme, devenir moins cher.

Pour les entreprises comme pour les ménages, l’impact ne sera pas immédiat, car les banques ajustent progressivement leurs taux. Mais si la tendance se confirme, cette baisse du coût de l’argent peut soutenir l’investissement, la consommation et l’activité économique, tout en gardant un œil sur la stabilité des prix.

La suite dépendra de plusieurs facteurs : évolution du taux de change, comportement des banques, niveau des prix sur les marchés, mais aussi discipline budgétaire de l’État. Pour l’heure, la Banque centrale du Congo mise sur une combinaison de franc plus stable, inflation maîtrisée et baisse graduelle du coût du crédit pour consolider la confiance et faire respirer un peu plus l’économie congolaise.

— M. KOSI

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