La capitale congolaise s’apprête à expérimenter un nouveau régime de circulation. Dès le 19 mai 2025, Kinshasa entrera dans une phase de régulation ciblée de la mobilité, touchant à la fois les poids lourds et les véhicules particuliers. En toile de fond, une volonté de désengorger les artères asphyxiées de la ville et de redonner un peu de souffle à une économie urbaine trop souvent paralysée par le chaos routier.
Le document initial, qui avait fuité sur les réseaux sociaux, vient d’être validé comme authentique par les autorités. Selon Israël Mutala, directeur de cabinet du Gouverneur de la ville, ce texte est le fruit d’une réunion tenue le 15 mai dans le bureau de l’autorité urbaine. Il précise toutefois que ce n’était encore qu’un brouillon, une version de travail diffusée trop tôt. L’acte officiel, finalisé, sera publié ce lundi.
Le projet repose sur deux mesures principales. D’abord, une interdiction formelle de circulation en journée — de 5h à 22h — pour les camions de plus de 20 tonnes, y compris ceux transportant du ciment, des grumes, du bois ou du fer à béton, ainsi que les bétonnières et véhicules de livraison. Ensuite, une règle d’alternance fondée sur le numéro d’immatriculation est instaurée pour les véhicules particuliers : les plaques se terminant par un chiffre impair rouleront les jours impairs, les plaques paires les jours pairs. Le dimanche fait figure d’exception, sans restriction.
Cette alternance ne s’applique toutefois pas aux véhicules diplomatiques, officiels, ambulances, transports en commun, véhicules scolaires ou funéraires.
À Kinshasa, les embouteillages ne sont pas seulement une nuisance quotidienne. Ils grèvent lourdement la productivité. Selon une estimation de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), un chauffeur de taxi perd en moyenne 3 à 4 heures par jour dans le trafic. Cela se répercute directement sur les prix du transport urbain, qui ont augmenté de 18 % en un an, selon les dernières données du ministère de l’Économie.
Les autorités espèrent ainsi désengorger les principaux axes, optimiser les heures de travail et réduire les émissions polluantes durant les heures de pointe. Cette approche rappelle celle expérimentée à Mexico, où le programme « Hoy No Circula » a permis, dans ses premières années, de diminuer de 11 % la densité du trafic, bien que les effets se soient atténués avec le temps.
Mais toute réforme de mobilité implique des contreparties. Plusieurs transporteurs évoquent des pertes sèches et des adaptations logistiques coûteuses, notamment en matière de sécurité et de carburant pour les trajets nocturnes. Pour beaucoup, ce bouleversement suppose un réaménagement complet de la chaîne de distribution. Du côté des livreurs, le passage à des horaires restreints pourrait entraîner des surcharges sur des créneaux très courts, avec le risque d’un effet boomerang sur les prix.
Le succès de cette politique dépendra surtout de deux leviers. D’abord, la rigueur dans l’application. Sans contrôle sérieux et impartial, la mesure pourrait rapidement perdre de sa portée. Ensuite, la pédagogie. Il faudra informer, expliquer, rassurer. Et veiller à ne pas exclure les plus vulnérables.
La route est longue, mais cette première manœuvre du gouvernorat pourrait marquer un changement d’approche dans la gestion urbaine. Encore faudra-t-il qu’elle ne reste pas à l’état de vœu pieux.
— M. KOSI
