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Cobalt congolais : EGC, Trafigura et EVelution veulent connecter l’artisanat minier au marché américain

EGC

Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a reçu le 6 mai 2026 à Kinshasa une délégation de l’Entreprise Générale du Cobalt, conduite par son directeur général Erick Kalala, avec des représentants de Trafigura et d’EVelution Energy. L’échange a porté sur la transformation du cobalt et du cuivre congolais, dans une filière appelée à mieux relier la production artisanale encadrée aux industries des batteries et de l’aérospatial.

La rencontre replace l’Entreprise Générale du Cobalt au centre d’un dossier sensible pour la RDC. Créée en 2019 et filiale de la Gécamines, l’EGC a reçu le mandat d’encadrer l’achat, la transformation et la commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale. Son rôle est de formaliser un segment souvent critiqué pour ses risques sociaux, environnementaux et commerciaux, mais qui demeure important dans l’économie minière congolaise.

L’objectif affiché va au-delà de la simple vente de minerais. EGC, Trafigura et EVelution Energy veulent renforcer une chaîne d’approvisionnement capable de transformer le cobalt congolais en sulfate et en métal, deux produits utilisés dans les batteries, l’aérospatial et d’autres industries avancées. Cette orientation répond à une faiblesse connue de l’économie congolaise, qui exporte encore une grande partie de ses minerais avec un niveau limité de transformation locale.

Le corridor de Lobito devient un levier commercial pour l’EGC

La stratégie repose aussi sur la logistique. En février 2026, EGC et Trafigura ont annoncé une première livraison de cuivre et de cobalt vers les marchés mondiaux via le Lobito Atlantic Railway. Cette ligne relie le port angolais de Lobito à la frontière congolaise sur environ 1 300 km, avec une extension de 450 km vers Kolwezi, au cœur de la Copperbelt congolaise. Selon Trafigura, cette route permet de réduire le temps de transit intérieur à environ 7 jours.

Pour la RDC, ce corridor ouvre une voie d’exportation plus directe vers l’Atlantique. Il peut réduire les délais, améliorer la prévisibilité logistique et donner plus de poids aux producteurs congolais dans les chaînes mondiales des minerais critiques. TradeMark Africa rappelle que la RDC produit environ 70 % du cobalt mondial et que le corridor de Lobito vise à améliorer les procédures douanières, la coordination institutionnelle et la circulation des minerais vers les marchés internationaux.

L’arrivée d’EVelution Energy dans cette discussion donne une dimension américaine au dossier. L’entreprise développe aux États-Unis une usine de traitement du cobalt destinée à produire du sulfate de cobalt de qualité batterie et du métal de cobalt pour les secteurs des batteries, de l’aérospatial, de la défense et de la fabrication avancée. Fin avril 2026, elle a aussi annoncé un accord d’écoulement de 850 millions USD avec Mitsui, avec une fourniture pouvant atteindre 3 000 tonnes de cobalt contenu par an à partir de son futur site en Arizona.

Ce positionnement peut servir les intérêts congolais si la RDC parvient à imposer davantage de valeur ajoutée locale. Le ministre Louis Watum Kabamba a donc insisté sur la transformation sur place, le transfert de technologies et les retombées pour les communautés. Ces points sont déterminants, car une chaîne responsable ne se limite pas à la traçabilité des minerais. Elle doit aussi sécuriser les revenus des creuseurs, encadrer les coopératives, réduire les risques d’exploitation abusive et favoriser l’émergence de compétences congolaises dans la chimie des batteries.

L’enjeu est clair pour Kinshasa. Le cobalt congolais est déjà recherché par les industries mondiales, mais le pays veut désormais peser dans la manière dont cette ressource est extraite, certifiée, transportée et transformée. Le partenariat entre EGC, Trafigura et EVelution Energy peut devenir un test. S’il reste limité à l’exportation de matières premières mieux tracées, son impact sera partiel. S’il débouche sur des capacités industrielles locales, il pourrait soutenir une filière batterie congolaise plus crédible.

— M. MASAMUNA

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