Site icon LePoint.cd

Cobalt : l’Indonésie accélère dans la transformation, la RDC reste dominante dans les mines

Cobalt congolais

La République démocratique du Congo conserve sa position de premier producteur mondial de cobalt avec environ 73 % de l’offre mondiale en 2025. Ce minerai est devenu stratégique pour l’industrie des batteries électriques, des véhicules électriques et des technologies énergétiques. Mais derrière cette domination, un autre pays gagne rapidement du terrain : l’Indonésie. Selon une analyse d’Engunda Ikala fondée sur le Cobalt Market Report 2025 du Cobalt Institute, Jakarta pourrait devenir le principal moteur de croissance future du marché mondial du cobalt grâce à une industrialisation beaucoup plus avancée que celle de la RDC.

Aujourd’hui, l’avantage congolais reste important sur le plan géologique. Le rapport souligne notamment que la mine de Kisanfu produit à elle seule davantage de cobalt que l’ensemble des actifs indonésiens réunis. Les gisements du Copperbelt congolais affichent aussi des teneurs élevées en cuivre et cobalt, ce qui réduit les coûts d’extraction. Le ratio cuivre-cobalt du gisement de Kisanfu est estimé à environ 2,6:1, contre près de 10:1 dans plusieurs gisements classiques ailleurs dans le monde. Cela signifie qu’il faut extraire beaucoup moins de cuivre pour produire du cobalt, un avantage qui améliore la rentabilité des opérations minières en RDC.

Mais la compétition mondiale change progressivement de nature. Le rapport explique que le marché ne se limite plus au contrôle des gisements. La véritable bataille porte désormais sur la capacité des États à transformer localement les minerais et à intégrer les chaînes industrielles liées aux batteries électriques. C’est précisément sur ce terrain que l’Indonésie progresse rapidement.

Le pays est devenu le deuxième producteur mondial de cobalt et sa production a augmenté d’environ 29 % en une seule année. Entre 2025 et 2030, la croissance de l’offre indonésienne devrait dépasser celle de la RDC. Cette progression repose sur une stratégie industrielle intégrée. Contrairement à la RDC, qui exporte encore une grande partie de son cobalt sous forme brute ou semi-transformée, l’Indonésie développe toute une chaîne de valeur autour du raffinage, des technologies HPAL, de la transformation chimique et des matériaux destinés aux batteries. Le rapport indique même que le pays est déjà devenu le troisième producteur mondial de cobalt raffiné, devant le Canada.

Cette évolution intéresse fortement les industriels occidentaux et les constructeurs automobiles qui cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à la RDC. Les restrictions temporaires d’exportation décidées récemment par Kinshasa ont d’ailleurs renforcé le rôle de l’Indonésie comme fournisseur alternatif disponible sur le marché mondial. Dans le même temps, la Chine continue de renforcer sa présence à la fois dans les mines congolaises et dans les chaînes industrielles indonésiennes, ce qui accentue la compétition géoéconomique autour des minerais critiques.

Malgré cette montée en puissance, le modèle indonésien reste confronté à plusieurs limites. La production de cobalt y dépend largement du nickel, dont le cobalt n’est qu’un sous-produit. Les procédés industriels utilisés nécessitent des investissements très lourds, une forte consommation d’énergie et d’importantes quantités de soufre. Or, environ 75 % des importations indonésiennes de soufre transitent par le Moyen-Orient via le détroit d’Ormuz, une zone exposée aux tensions géopolitiques régionales. Ces contraintes commencent déjà à peser sur certaines capacités industrielles du pays.

Pour plusieurs analystes, le principal défi de la RDC n’est donc pas de perdre rapidement sa place de premier producteur mondial, mais plutôt de laisser d’autres pays contrôler les activités les plus rentables de la chaîne industrielle du cobalt. L’analyse recommande ainsi d’accélérer les investissements dans l’énergie, le raffinage local, la production de sulfate de cobalt, les précurseurs cathodiques et les industries liées aux batteries électriques. Le document évoque aussi l’idée de quotas d’exportation plus structurés afin d’encourager les opérateurs qui investissent dans la transformation locale.

La prochaine bataille du cobalt ne se jouera plus uniquement dans les mines du Katanga. Elle se jouera aussi dans les usines, les infrastructures énergétiques et la capacité des États à transformer leurs ressources minières en industrie.

— Peter MOYI

Quitter la version mobile