MMG Limited demande davantage de clarté sur la politique congolaise des quotas d’exportation du cobalt après avoir reçu une allocation jugée insuffisante pour ses opérations en République démocratique du Congo. Le groupe estime que les nouvelles restrictions imposées par Kinshasa fragilisent la rentabilité de ses activités cobaltifères et créent des incertitudes pour les investisseurs du secteur.
Premier producteur mondial de cobalt, la RDC avait suspendu les exportations de cobalt en février 2025 afin de réduire la surabondance mondiale de l’offre et soutenir les prix du métal stratégique utilisé dans les batteries électriques.
En octobre 2025, les autorités congolaises ont ensuite instauré un système de quotas d’exportation principalement basé sur les volumes historiques exportés par les entreprises jusqu’à fin 2024.
Cette politique a contribué à une forte remontée des prix internationaux du cobalt. Selon les données du secteur, les prix du cobalt ont progressé d’environ 160 % depuis l’entrée en vigueur des restrictions, tandis que les prix de l’hydroxyde de cobalt ont été multipliés par plus de quatre.
MMG juge son quota insuffisant
Lors du congrès du à Madrid, Aaron Chen, directeur général de Kinsevere pour MMG, a déclaré que le quota attribué à l’entreprise rendait la production de cobalt « économiquement non viable ».
La société, contrôlée majoritairement par , avait lancé une unité de traitement du cobalt sur le site de Kinsevere en septembre 2023. Mais l’usine avait ensuite été placée en maintenance fin 2024 à cause de la faiblesse des prix avant même la suspension des exportations.
MMG espérait produire entre 4 000 et 6 000 tonnes de cobalt par an. Pourtant, le quota accordé pour 2025 ne s’élève qu’à 360 tonnes, selon l’entreprise.
Le groupe précise que les exportations actuelles concernent essentiellement des stocks déjà existants, tandis que l’usine de cobalt reste à l’arrêt.
Kinsevere demeure avant tout une mine de cuivre, avec une production d’environ 53 000 tonnes de cuivre l’année dernière. Le cobalt y est récupéré comme sous-produit du cuivre.
Des critiques sur la transparence du système
La mise en œuvre des quotas suscite désormais plusieurs interrogations parmi les opérateurs miniers et les acteurs chinois du secteur.
Des responsables de la Chambre de commerce chinoise estiment que les règles d’attribution manquent encore de lisibilité pour les entreprises étrangères présentes en RDC.
Plusieurs spécialistes du secteur minier considèrent également que le recours exclusif aux volumes historiques pourrait avantager certaines entreprises responsables de la précédente surproduction mondiale de cobalt.
(EGC) a notamment obtenu le quatrième plus important quota d’exportation pour 2025 avec 5 640 tonnes, malgré un démarrage tardif de ses opérations. L’entreprise publique souhaite d’ailleurs obtenir des volumes supplémentaires en raison de l’importance de la production artisanale congolaise.
Face aux critiques, Patrick Luabeya, responsable du régulateur congolais du secteur, défend le système actuel. Selon lui, la politique des quotas vise non seulement à soutenir les prix du cobalt, mais aussi à favoriser la transformation locale, l’emploi et une meilleure structuration de la filière minière.
Entre souveraineté minière et attractivité des investissements
Cette situation illustre les tensions croissantes autour de la stratégie minière congolaise. Kinshasa cherche à mieux contrôler son marché du cobalt, augmenter les revenus du secteur et encourager davantage de transformation locale.
Mais les investisseurs réclament davantage de visibilité sur les règles de production, d’exportation et d’attribution des quotas.
Pour les analystes, la RDC tente aujourd’hui d’équilibrer plusieurs objectifs parfois contradictoires : soutenir les prix mondiaux, préserver l’attractivité des investissements étrangers, développer la transformation locale et mieux capter la valeur générée par les minerais stratégiques.
Dans un contexte où la transition énergétique mondiale renforce l’importance du cobalt, la gestion des quotas devient désormais un enjeu économique, industriel et géopolitique central pour le pays.
— Peter MOYI
