Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a tenu lundi à Kinshasa deux réunions centrées sur l’économie réelle. La première porte sur un mécanisme de financement agricole de 25 millions USD, soutenu par le Royaume-Uni, pour appuyer six filières prioritaires. La seconde concerne l’industriel Complast, qui demande une protection temporaire face aux importations dans le sud du pays.
La rencontre avec la Rawbank a permis de préciser les contours du dispositif destiné aux filières cacao, café, riz, manioc, maïs et huile de palme. Le mécanisme repose sur une enveloppe de 25 millions USD destinée à réduire le risque des crédits accordés aux producteurs. Concrètement, il s’agit de sécuriser une partie des prêts pour encourager les banques à financer davantage l’agriculture, un secteur souvent jugé risqué. Six zones pilotes sont ciblées : Nord-Kivu, Tshopo, Kongo Central, Maï-Ndombe, Kwilu et Équateur. L’objectif est d’augmenter la production locale, mais aussi de renforcer les exportations vers le Royaume-Uni et d’autres marchés déjà accessibles à la RDC.
Le ministre a insisté sur la nécessité de rendre le crédit plus accessible. Il plaide pour des taux préférentiels et pour un modèle adapté aux réalités des zones post-conflit comme Beni, Butembo, Ituri et certaines parties de la Tshopo, où les producteurs ont plus de difficultés à accéder au financement. Une commission mixte réunissant les ministères du Commerce extérieur, de l’Agriculture et du Développement rural a été mise en place pour rendre ce dispositif opérationnel. Du côté de la Rawbank, la direction commerciale indique vouloir accompagner la RDC dans l’ouverture de nouveaux débouchés, notamment vers la Chine, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et les États-Unis, via le dispositif AGOA.
Pression des importations : Complast alerte sur un déséquilibre local
La seconde réunion a mis en lumière la situation de Complast, entreprise présente en RDC depuis 1967 dans la fabrication de matelas et de mousses. Son directeur général, Vishal Hemnani, a expliqué que la concurrence des produits importés pèse sur l’activité industrielle locale, en particulier dans les provinces du Lualaba, du Tanganyika et du Haut-Katanga. Selon les données présentées, l’usine de Lubumbashi peut produire jusqu’à 5 000 matelas par jour, alors que la demande locale est estimée à moins de 4 000 pièces. Cela signifie que l’offre locale couvre déjà les besoins, et même au-delà.
Dans ce contexte, l’arrivée de produits importés accentue la pression sur les prix et réduit les débouchés pour la production locale. L’entreprise estime que cette situation fragilise l’industrie et menace les emplois liés à cette activité. Pour y répondre, une commission technique a été mise en place afin de fournir des données précises au ministère avant toute décision. Sur cette base, le gouvernement pourrait envisager des mesures temporaires de restriction des importations, dans le respect des règles de l’Organisation mondiale du commerce.
À travers ces deux dossiers, les autorités cherchent à agir sur deux leviers complémentaires : soutenir la production locale, notamment agricole, et protéger certaines activités industrielles face à la concurrence extérieure, tout en gardant un cadre conforme aux engagements commerciaux du pays.
— Joldie KAKESA
