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Dé-dollarisation : Wameso met la monnaie au centre du jeu

André Wameso

À la BCC, André Wameso déroule une feuille de route lisible : réduire la part du dollar dans les paiements, créer des actifs en CDF pour l’épargne locale, accélérer les règlements domestiques et garder une politique monétaire ferme. Le décor macro aide : taux directeur à 25 %, intervention de 50 M USD sur le marché des changes le 18–19 août et appui du FMI avec un décaissement de 261,9 M USD au 2 juillet. L’inflation en glissement annuel est revenue à ≈ 8,5 % fin juin 2025, un signal utile pour ancrer les anticipations.

Outils concrets, effets attendus (et limites)

Point de départ chiffré. Le système financier reste l’un des plus dollarisés d’Afrique : ≈ 92 % des dépôts et ≈ 97 % des crédits en devises selon le rapport des services du FMI de juillet 2025. Tant que ménages et entreprises ne trouvent pas d’actifs en CDF lisibles et liquides, la préférence pour le dollar perdure.

Accélérer les paiements. Wameso veut installer à la BCC une chambre de compensation en partenariat opérationnel avec le Trésor américain pour raccourcir les délais et réduire le coût des transactions intra-pays libellées en USD. Technique, mais déterminant pour la trésorerie des entreprises et la visibilité de la banque centrale sur les flux.

Fabriquer une courbe en CDF. Cap sur l’émission régulière de titres en monnaie nationale pour bâtir une courbe de rendement qui attire l’épargne longue (assurances, retraites) et finance l’économie en local. Le maintien d’un taux directeur à 25 % crédibilise le cap anti-inflation tout en exigeant une exécution fine pour ne pas étouffer le crédit productif.

Gérer le change sans brûler les réserves. La vente de 50 M USD à 2 776 CDF/1 USD a envoyé un message clair : la BCC intervient de façon ciblée pour lisser les à-coups. Utiles à court terme, ces opérations doivent rester calibrées et encadrées par des règles transparentes pour préserver le coussin externe.

Coussin du programme FMI. La première revue de l’ECF a été bouclée le 2 juillet 2025 ; l’enveloppe débloquée soutient les réserves et accompagne la décrue des prix (glissement annuel à ≈ 8,5 % fin juin). Le Fonds insiste sur une stratégie d’interventions de change plus fine, la gouvernance et la recapitalisation de la BCC : c’est la colonne vertébrale de la crédibilité monétaire.

Or et formalisation. Kinshasa veut mieux capter l’or artisanal de l’Est pour soutenir la monnaie et les recettes. Après les difficultés du dispositif Primera Gold, l’État a repris la main en 2024 et cherche de nouveaux débouchés ; l’objectif reste de canaliser un flux trop souvent détourné vers les pays voisins. Les annonces autour d’un raffinage local reviennent dans le débat, mais le paramètre clé tient d’abord à la traçabilité et à la conformité des chaînes d’approvisionnement.

« On ne bâtit pas un pays avec une autre devise que la sienne. » La formule, rappelée dans la presse locale à partir de l’entretien accordé à Bloomberg, résume l’axe politique : redonner de la place au CDF dans les usages en offrant vitesse de paiement, instruments d’épargne et stabilité des prix.

Lecture rapide.
– Mesure clef : chambre de compensation pour accélérer les flux domestiques en USD → gain de cash-flow et traçabilité. (Bloomberg.com)
– Signal de marché : 25 % et interventions dosées en devises → ancrage désinflationniste sans asphyxier l’activité. (ACP)
– Pilier macro : FMI (261,9 M USD, revue 02/07/2025) et inflation retombée → fenêtre pour installer une courbe de taux en CDF et élargir les maturités. (IMF)
– Défi central : casser l’habitude « tout-dollar » (92 % dépôts / 97 % crédits) en rendant le CDF utile et rentable pour les agents économiques. (IMF eLibrary)

— M. KOSI

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