La fraude aux postes frontaliers de la République démocratique du Congo est un secret de polichinelle. C’est ce que dénonce Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine de défense des droits de l’Homme, l’ASADHO, l’une des organisations de la société civile congolaise les plus actives sur les questions de gouvernance économique.
Selon lui, des opérateurs économiques, des agents des douanes et des agences en douane entretiendraient un système organisé de sous-facturation et de corruption qui prive chaque année le Trésor public de recettes considérables. Le mécanisme décrit suit un schéma en trois temps. La valeur des marchandises importées est d’abord artificiellement réduite sur les factures présentées à la douane, ce qui diminue mécaniquement la base imposable. Des arrangements seraient ensuite conclus entre les agents de la douane et les agences en douane pour fixer un montant de droits bien inférieur à ce que la valeur réelle des marchandises devrait générer. Le reliquat serait enfin partagé entre les différents acteurs du circuit, du poste frontière jusqu’au dépôt de l’importateur, en passant par des contrôles policiers sur les routes de transit.
Jean-Claude Katende pointe également l’Office congolais de contrôle, chargé de la vérification de la conformité des produits importés, comme exposé aux mêmes pratiques.
Des questions que la société civile pose sans obtenir de réponse
Ces allégations soulèvent deux interrogations fondamentales selon le président de l’ASADHO. Pourquoi l’Inspection générale des finances, dont le mandat couvre précisément ce type de dérive, n’a-t-elle pas engagé d’audits systématiques aux postes frontaliers ? Et pourquoi les autorités de tutelle de la Direction générale des douanes et accises ne s’attaquent-elles pas à un phénomène que tout le monde dit connaître ?
Les recettes douanières mobilisées par la DGDA représentent un pilier du budget de l’État congolais. En février 2026, elles ont atteint 590,9 milliards de francs congolais selon la Banque centrale du Congo. Toute fuite dans ce circuit se répercute directement sur la capacité du gouvernement à financer les services publics, les infrastructures et les salaires des fonctionnaires.
Dans un pays qui prépare actuellement une loi de finances rectificative pour faire face aux pressions économiques internationales, l’assainissement des postes frontaliers représente un levier de mobilisation des recettes que les autorités ne peuvent continuer à ignorer, estime Jean-Claude Katende.
— Peter MOYI
