À Kananga et à Mbuji-Mayi, l’eau au robinet reste irrégulière. Le problème n’est pas seulement social, il pèse aussi sur les coûts de fonctionnement des villes et sur la compétitivité locale. Une économie urbaine ne tourne pas avec un service d’eau intermittent, car l’eau est un intrant de base pour les ménages, les PME, les chantiers, les services publics et la santé.
Les unités de captage et de traitement ont été dimensionnées pour des villes moins peuplées. Aujourd’hui, elles produisent souvent en dessous de leur capacité théorique. Les causes sont connues, maintenance insuffisante, pièces de rechange difficiles à obtenir, énergie instable. Quand la production baisse, la distribution se tend. Quand la distribution se dégrade, le service devient imprévisible. Le résultat est un rationnement de fait.
L’eau dépend de l’électricité, et cette dépendance renchérit le service
Dans les deux Kasaï, l’adduction d’eau est techniquement liée à l’électricité. Les coupures arrêtent le pompage et perturbent le traitement. Pour compenser, certains opérateurs recourent à des groupes électrogènes. C’est une réponse courte durée, mais économiquement coûteuse, carburant, maintenance, pièces, logistique. À l’échelle d’un réseau, cette solution fait grimper le coût du mètre cube produit, même si le texte ne donne pas de chiffre. Le service devient alors plus cher à produire, sans être plus fiable à livrer.
Le deuxième point faible est le réseau de distribution. Les canalisations vieillissantes multiplient les fuites. Les extensions urbaines ne sont pas toujours raccordées. Dans plusieurs quartiers, la pression est trop faible pour assurer un débit normal. Ces pertes techniques obligent à produire plus pour livrer moins, ce qui réduit l’efficacité du système. Une simple réhabilitation ne règle pas toujours le fond. La logique technique recommandée est une restructuration avec sectorisation, comptage et maîtrise des pertes, autrement dit découper le réseau en zones mesurables, installer des compteurs là où c’est utile, et réduire les fuites pour récupérer des volumes sans construire immédiatement de nouvelles usines.
Face à un réseau public défaillant, un marché parallèle se met en place. Puits, forages privés, vente d’eau, ce système soulage l’urgence, mais il transfère le coût vers les ménages et crée un risque sanitaire si la qualité n’est pas contrôlée. L’eau cesse d’être un service urbain régulier et devient un produit acheté au jour le jour, souvent plus cher, parfois moins sûr.
La lecture d’ExpoBeton met l’accent sur un point central pour le BTP, une infrastructure d’eau n’est pas un ouvrage à livrer, c’est un service à faire fonctionner. Cela implique la conception, la construction, puis l’exploitation et l’entretien, avec des compétences et une coordination sur toute la chaîne, réseaux, électromécanique, énergie, matériaux, ingénierie et maintenance. Une infrastructure réussie se remarque peu parce que le service est continu. Quand l’eau ne coule pas, les failles apparaissent immédiatement, et c’est toute l’économie urbaine qui paie le prix.
M. MASAMUNA
