La Banque Centrale du Congo (BCC) et la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ont signé, le 28 février 2026 à Kinshasa, un protocole d’accord en marge des travaux de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA). Officiellement, il s’agit d’une coopération technique. Mais, pour la RDC, l’objectif est surtout de renforcer la supervision bancaire, la sécurité numérique et l’efficacité des paiements, dans une économie où le dollar domine largement les transactions.
Le texte couvre plusieurs chantiers : régulation bancaire, systèmes de paiement, lutte contre le blanchiment, cybersécurité, inclusion financière et stabilité monétaire. La démarche intervient dans un contexte particulier; la RDC est le seul grand pays d’Afrique centrale en dehors de la zone CEMAC, et le seul à ne pas utiliser le franc CFA. Elle conserve donc sa souveraineté monétaire, tout en faisant face à une dollarisation élevée, qui réduit l’influence de la politique monétaire.
Dollarisation, risques transfrontaliers et bataille des standards
Selon les éléments évoqués dans le texte, le franc congolais ne représenterait qu’environ 12 % des transactions internes. Concrètement, quand l’essentiel des paiements se fait en devises, les décisions d’une banque centrale se transmettent moins bien à l’économie : agir sur la liquidité, les taux et la stabilité des prix devient plus difficile, et l’encadrement du système financier repose davantage sur la qualité du contrôle prudentiel et des dispositifs de surveillance.
C’est dans ce cadre que le partenariat avec la BEAC prend une portée plus large. L’harmonisation des normes prudentielles et le partage d’informations peuvent renforcer le suivi des flux transfrontaliers, dans une région où l’informalité pèse encore et où la lutte contre le blanchiment reste un défi permanent.
Autre volet sensible; la cybersécurité. Plusieurs établissements de la sous-région fonctionnent avec des infrastructures informatiques jugées limitées ou fragmentées, parfois dépendantes de procédures manuelles. La coopération vise à mutualiser l’expertise et à relever les standards de protection des données. Des analystes préviennent toutefois que, sans modernisation des centres de données et des outils de supervision numérique, l’accord risque de produire peu d’effets sur le terrain.
Enfin, l’interconnexion des systèmes de paiement avec les pays de la CEMAC est présentée comme un levier pour réduire les coûts des transactions et soutenir le commerce régional. Pour les entreprises congolaises, l’enjeu est de payer et d’être payées plus vite, avec moins de friction, dans un espace où l’intégration avance souvent par les outils techniques avant d’ouvrir la voie à des choix plus politiques.
— M. KOSI
