La République démocratique du Congo a enregistré en 2024 une croissance de 6,5 %, soutenue par la bonne tenue des exportations de cuivre et de cobalt. Ce rythme, bien que solide, marque un léger repli par rapport à la moyenne des trois années précédentes (7,9 %), signe que l’économie ralentit après une phase d’expansion minière soutenue. Cette performance n’a pas suffi à améliorer sensiblement le quotidien des Congolais : trois habitants sur quatre vivent encore avec moins de 2,15 USD par jour, selon la Banque mondiale.
La stabilité macroéconomique reste l’un des points positifs de l’année écoulée. L’inflation, qui avait connu des tensions en 2023, est retombée à 8,6 % en juin 2025, grâce à une politique monétaire plus stricte et à une discipline budgétaire assumée. Mais cette maîtrise des prix coexiste avec des contraintes budgétaires croissantes : les dépenses militaires, dopées par les besoins sécuritaires à l’est du pays, absorbent une part importante des ressources de l’État, au détriment des investissements sociaux et productifs.
Les projections du ministère français de l’Économie tablent sur un ralentissement de la croissance à 5,4 % en 2025, sous l’effet combiné de l’insécurité et de l’essoufflement du cycle minier. Cette baisse pose la question de la diversification de l’économie, toujours fortement dépendante de la rente extractive.
Sur le front fiscal, la Banque mondiale pointe une faiblesse structurelle : les incitations fiscales accordées aux investisseurs représentent un manque à gagner de près de 5 % du PIB, soit environ le tiers des recettes totales. Une telle proportion réduit la marge de manœuvre budgétaire et limite la capacité de l’État à financer ses priorités. Les experts recommandent de revoir ces dispositifs, de renforcer la transparence dans leur attribution et de mieux cibler les secteurs bénéficiaires pour maximiser l’impact sur l’emploi et la création de valeur locale.
Ces défis s’inscrivent dans un contexte où la production minière pourrait rester soutenue à moyen terme, mais avec une volatilité des prix sur les marchés internationaux. Le gouvernement, qui cherche à sécuriser ses recettes, devra trouver un équilibre délicat : préserver l’attractivité du pays pour les investisseurs tout en réduisant les pertes fiscales liées à des exonérations peu productives.
L’avenir économique de la RDC se jouera donc sur sa capacité à transformer cette croissance minière en un développement inclusif. Sans une réforme fiscale plus efficace et une meilleure allocation des ressources publiques, les progrès macroéconomiques risquent de rester invisibles pour la majorité de la population.
— M. KOSI
