Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a annoncé le 9 avril 2026 l’interdiction du cash en devises étrangères, à compter d’avril 2027. Selon l’auteur de cette analyse, il s’agit de la décision monétaire la plus courageuse depuis la création du franc congolais en juin 1998, soit 27 ans et 10 mois après la dernière grande refonte du système monétaire congolais.
La RDC est l’une des économies les plus dollarisées au monde. La BCC estime à 90 % la part des dépôts bancaires libellés en dollars. Par secteur, la dollarisation atteint plus de 95 % dans les mines, plus de 90 % dans l’immobilier, environ 80 % dans l’économie informelle, 70 % dans l’éducation, 60 % dans le commerce, 50 % dans les services et 40 % seulement dans les transactions avec l’État.
La réforme s’inscrit dans une séquence de réformes monétaires échelonnées depuis 1998 : libéralisation du change entre 2001 et 2005, démonétisation des billets inférieurs à 50 francs congolais en 2012 et obligation de facturation en CDF en 2020. L’interdiction du cash en devises constitue la première mesure ciblant directement le dollar physique dans les transactions courantes.
Un calendrier en quatre étapes jusqu’en avril 2027
La mise en œuvre suit un plan progressif. En juillet 2026, l’État bascule l’intégralité de ses paiements en francs congolais. En octobre 2026, les nouveaux baux immobiliers et les frais scolaires devront être libellés en CDF. En janvier 2027, un statut d’opérateur agréé BCC sera créé pour les cambistes, leur conférant un cadre légal. En avril 2027, le cash en dollars sortira définitivement du circuit des paiements.
L’objectif affiché est de renforcer la crédibilité et la stabilité du franc congolais, en réduisant la dépendance structurelle à une devise étrangère que la BCC ne contrôle pas et dont les fluctuations fragilisent le pouvoir d’achat des ménages et la prévisibilité des agents économiques.
— Joldie KAKESA
