Les comptes publics de la RDC montrent une situation contrastée sur les onze premiers mois de 2025. À fin novembre, les recettes atteignent 26 342,8 milliards de CDF, au-dessus des prévisions du plan de trésorerie. Mais les dépenses totales montent à 30 452,8 milliards de CDF, ce qui creuse un déficit de 4 110,0 milliards de CDF au 30 novembre 2025. Ces données proviennent de statistiques provisoires arrêtées au 9 décembre 2025.
Le signal technique est clair, l’État mobilise davantage de ressources internes, mais son besoin de financement reste élevé parce que la dépense s’oriente d’abord vers le fonctionnement et la sécurité. Cette structure pèse directement sur la politique budgétaire, et elle peut aussi influencer la politique monétaire, car un Trésor en déficit finit souvent par augmenter ses demandes de liquidité, soit via des émissions, soit via des ajustements de trésorerie, avec un effet possible sur les taux d’intérêt domestiques et la stabilité macroéconomique.
Les recettes restent dominées par les administrations financières. La DGI fournit l’essentiel avec 15 550,2 milliards de CDF d’impôts directs et indirects. La DGDA suit avec 6 247,2 milliards de CDF de recettes douanières et d’accises, un indicateur sensible aux volumes importés et au niveau de l’activité formelle. La DGRAD mobilise 4 030,1 milliards de CDF de recettes parafiscales. Les dons budgétaires restent faibles, 70,4 milliards de CDF, pendant que les autres recettes totalisent 445,0 milliards de CDF.
À l’horizon fin 2025, les recettes sont projetées à 28 236,6 milliards de CDF, contre 26 381,3 milliards de CDF en 2024. La hausse attendue confirme un effort de mobilisation, mais elle ne dit pas tout sur la soutenabilité, car l’équilibre dépend aussi de la trajectoire des dépenses et du coût du financement du déficit.
Plus de recettes, mais la dépense courante et la sécurité verrouillent la marge d’investissement
Le cœur du problème est dans la composition des décaissements. Les dépenses courantes atteignent 19 402,3 milliards de CDF, soit environ 8,8 milliards USD au taux appliqué par la Banque centrale du Congo à fin novembre 2025. Elles représentent la part la plus lourde de l’exécution budgétaire sur la période. À l’intérieur, les salaires pèsent 11 068,0 milliards de CDF, ce qui traduit le coût de la masse salariale de l’État et la rigidité de ce poste, difficile à ajuster rapidement sans tension sociale. Les frais de fonctionnement des institutions politiques et administratives s’élèvent à 3 956,7 milliards de CDF, pendant que les subventions totalisent 3 094,6 milliards de CDF.
À côté du fonctionnement, les dépenses exceptionnelles atteignent 7 599,6 milliards de CDF, dominées par les opérations sécuritaires. Le contexte sécuritaire, évoqué comme persistant dans plusieurs provinces, explique des charges récurrentes élevées, maintien de l’ordre, continuité des services, prise en charge du personnel civil et sécuritaire mobilisé. Sur le plan macro, cette contrainte agit comme un “effet d’éviction” interne, elle oriente une part importante des ressources vers l’urgence, et réduit l’espace disponible pour les investissements.
Les dépenses en capital, donc l’investissement public, se limitent à 2 739,0 milliards de CDF. Le chiffre reste bas au regard des besoins en infrastructures économiques et sociales. Dans la lecture de politique économique, ce niveau signale une marge budgétaire étroite pour financer la croissance future, car l’investissement public soutient généralement la productivité et l’activité.
Au final, l’équation de fin novembre 2025 tient en trois chiffres, 26 342,8 milliards de CDF de recettes, 30 452,8 milliards de CDF de dépenses, 4 110,0 milliards de CDF de déficit. La question pour la fin d’année et au-delà est donc moins de savoir si les recettes progressent, elles progressent, que de savoir comment l’État arbitre entre dépenses incompressibles de fonctionnement, coûts sécuritaires élevés, et investissement, sans créer de nouvelles tensions de financement susceptibles de rejaillir sur la liquidité, les taux et la stabilité des prix.
M. KOSI
