La République démocratique du Congo ne manque pas de ressources, mais ce sont les règles fiscales qui grippent la machine. Dans son tout nouveau rapport présenté à Kinshasa ce 29 juillet, la Banque mondiale pointe du doigt un problème longtemps ignoré : l’inefficacité des régimes fiscaux dérogatoires. Et le constat est sans détour.
Le document, qui sera désormais publié deux fois l’an, alerte sur la pression fiscale particulièrement faible du pays, en dessous de la moyenne africaine. En cause ? Une multitude d’exonérations accordées à certains secteurs comme les mines, l’agriculture, les hydrocarbures ou encore les produits de consommation essentiels. Si ces mesures sont souvent présentées comme des incitations à l’investissement ou comme des gestes sociaux, elles privent en réalité l’État de ressources vitales pour financer ses priorités : routes, hôpitaux, écoles.
« Chaque manque à gagner fiscal réduit nos marges de manœuvre budgétaires », a martelé Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale. Pour lui, le moment est venu de repenser sérieusement l’architecture fiscale du pays. Et il ne s’agit pas seulement de chiffres : derrière ces pertes de recettes, c’est toute une politique sociale qui se trouve paralysée.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, ne cache pas son adhésion à cette démarche. Lors de la cérémonie de lancement du rapport, il a salué l’initiative de l’institution de Bretton Woods, la qualifiant d’outil d’orientation pour les politiques publiques. Il a rappelé l’engagement du gouvernement à renforcer l’investissement privé, notamment par les mécanismes de l’IFC, et à consolider les réformes pour rendre l’environnement des affaires plus attractif.
Mais au-delà des intentions, la Banque mondiale appelle à des actes concrets. Elle recommande une refonte du système fiscal congolais autour de trois piliers : justice fiscale, protection des plus fragiles et transparence. Parmi les gestes salués : la publication récente, en annexe de la loi de finances, d’un rapport annuel sur les incitations fiscales. Un premier pas, certes, mais insuffisant sans une évaluation rigoureuse de l’efficacité réelle de chaque dérogation.
Le rapport ne s’adresse pas qu’au gouvernement. Il est aussi un signal à l’ensemble des acteurs de la société congolaise. Administration publique, secteur privé, société civile, bailleurs de fonds… Tous sont invités à se mobiliser pour bâtir une fiscalité plus cohérente, plus équitable et surtout capable de répondre aux besoins pressants des citoyens.
En parallèle, la Banque mondiale a rappelé son soutien à la RDC, en témoigne un appui financier récent de 620 millions de dollars. Un geste qui s’accompagne d’un accompagnement stratégique, notamment pour mieux exploiter le potentiel du numérique et des ressources naturelles.
Ce partenariat renouvelé s’inscrit dans une vision de long terme : aider le pays à sortir de la dépendance aux recettes volatiles, à diversifier son économie, et à transformer les résultats macroéconomiques positifs en améliorations tangibles pour la population.
« Dans un monde secoué par les crises économiques, climatiques et géopolitiques, la réponse ne peut qu’être collective », a rappelé Doudou Fwamba, en appelant à une coopération internationale renforcée.
Le message est clair : il ne suffit plus de produire des rapports et d’annoncer des intentions. Il faut que les réformes suivent, et que les exonérations cessent de servir de privilèges opaques au détriment de l’intérêt général.
— M. KOSI
