La RDC devrait enregistrer une croissance de 5,9 % en 2026, selon le FMI, après 5,7 % en 2025. Cette progression reste supérieure à la moyenne de l’Afrique subsaharienne, attendue à 4,3 %, mais elle demeure fragile face à la hausse du pétrole, à la baisse de l’aide extérieure et aux tensions sécuritaires.
L’économie congolaise aborde 2026 avec une croissance encore solide. Le FMI projette une hausse du PIB réel de 5,9 % en 2026, avant un ralentissement à 5,4 % en 2027. Cette performance confirme le poids de la RDC dans la croissance régionale, mais elle ne suffit pas à garantir une amélioration durable du niveau de vie. Le moteur reste surtout minier. Le cuivre, le cobalt, l’or et d’autres minerais soutiennent les exportations, les entrées de devises et une partie des recettes publiques. Cette dépendance expose aussi le pays aux variations des cours mondiaux, au coût du transport, aux besoins en carburant et à l’évolution de la demande internationale.
Une croissance tirée par les mines, mais encore vulnérable
Le rapport du FMI souligne que l’environnement extérieur devient moins favorable. La guerre au Moyen-Orient a contribué à la hausse des prix du pétrole, du gaz, des engrais et du transport maritime. Pour la RDC, qui dépend fortement des carburants importés, cette situation peut renchérir les coûts de transport, l’électricité, l’activité minière et le commerce intérieur. Elle peut aussi peser sur les prix payés par les ménages, surtout lorsque les produits importés ou transportés sur de longues distances deviennent plus chers.
L’inflation devrait pourtant reculer à court terme. Elle passerait de 17,7 % en 2024 à 7,4 % en 2025, puis à 3,3 % en 2026, avant une remontée à 6,4 % en 2027. Pour les ménages, l’inflation mesure la hausse générale des prix. Quand elle baisse, la pression sur le pouvoir d’achat peut se calmer, mais cela ne veut pas dire que les prix reviennent automatiquement à leur niveau d’avant. La stabilité reste donc dépendante du carburant, du taux de change, des importations alimentaires et de la capacité du pays à sécuriser ses circuits d’approvisionnement.
Sur les finances publiques, le FMI signale une tendance à surveiller. Le déficit budgétaire, dons compris, passerait de -1,7 % du PIB en 2024 à -2,8 % en 2025, puis à -3,5 % en 2026. Cela signifie que l’État dépense plus que ce qu’il mobilise en recettes. La dette publique reste encore modérée par rapport à plusieurs économies africaines, mais elle augmente progressivement : 15,8 % du PIB en 2024, 20,2 % en 2025, 24,6 % en 2026 et 27,8 % en 2027. Cette trajectoire oblige Kinshasa à mieux collecter les recettes internes, à limiter les dépenses peu productives et à orienter les moyens disponibles vers les priorités économiques et sociales.
La position extérieure du pays reste également fragile. Les réserves internationales progresseraient de 1,9 mois d’importations en 2024 à 2,7 mois en 2027. Cette hausse est positive, mais le niveau reste limité pour une économie exposée aux chocs sur les devises, les importations et les cours des minerais. Les réserves servent à couvrir les achats extérieurs du pays et à renforcer la capacité de réaction face aux tensions sur le marché des changes. Plus elles sont faibles, plus l’économie devient sensible aux pressions venues de l’extérieur.
Autre point d’attention : la baisse possible de l’aide extérieure. Le FMI estime que l’aide bilatérale vers l’Afrique pourrait avoir reculé de 16 % à 28 % en 2025. La RDC fait partie des pays pouvant perdre entre 240 millions et 780 millions USD. Une telle contraction peut affecter les programmes sociaux, humanitaires, sanitaires, éducatifs et certains appuis institutionnels, dans un pays où les besoins restent élevés, notamment à cause de l’insécurité dans l’Est, du déficit d’infrastructures et de l’accès encore limité aux services de base.
Pour Kinshasa, le message économique est clair. La RDC conserve un potentiel de croissance supérieur à la moyenne régionale, mais ce potentiel reste trop concentré autour des mines et trop exposé aux chocs extérieurs. La priorité consiste à mieux transformer les revenus issus des minerais en investissements utiles : énergie, routes, agriculture, numérique, services publics et soutien aux entreprises locales. Sans cette diversification, la croissance congolaise restera forte dans les statistiques, mais moins visible dans la vie quotidienne des ménages.
— M. KOSI
