Avant le 5 février 2026, des discussions ont circulé autour d’une possible fusion entre Rio Tinto et Glencore, avec l’idée d’un groupe valorisé autour de 215 milliards de dollars. La piste s’est ensuite refermée, mais l’épisode a rappelé une règle simple, quand deux géants parlent de se marier, l’Afrique peut se retrouver au milieu des arbitrages, surtout quand il faut vendre des actifs pour obtenir le feu vert des régulateurs.
Quand les régulateurs imposent des ventes, l’Afrique devient une variable stratégique
Une fusion de cette taille ne se règle pas seulement entre conseils d’administration. Elle passe par des autorités de concurrence dans plusieurs pays. Quand un futur groupe devient trop dominant sur un métal, une région ou une chaîne de valeur, les régulateurs réclament souvent un remède clair : des cessions, donc la vente de mines, de participations ou de droits d’exploitation.
Dans ce type de montage, les actifs africains peuvent vite entrer dans la discussion, non pas parce qu’ils manquent de valeur, mais parce qu’ils servent parfois d’« ajustement » pour réduire la concentration sans toucher aux actifs les plus sensibles sur le plan financier ou symbolique. Le risque pour les pays hôtes est concret : une décision prise loin du terrain peut changer un actionnariat, un calendrier d’investissement, ou l’équilibre des contrats avec l’État.
En Guinée, le texte met en avant Simandou, un projet de minerai de fer à haute teneur où Rio Tinto est engagé. Un chiffre ressort : 58 millions de dollars d’impôts en 2024. Mais l’enjeu dépasse la fiscalité annuelle. Simandou s’appuie aussi sur des corridors ferroviaires liés à l’exploitation. Dans un projet de ce niveau, la mine et l’infrastructure avancent ensemble. Si une cession ou un changement d’actionnaire intervenait, le pays pourrait voir bouger des paramètres très pratiques : rythme des travaux, stratégie logistique, choix des sous-traitants et, au bout, les recettes futures et les emplois indirects.
En RDC, l’attention se porte sur Glencore, à travers Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining, deux sites associés au cuivre et au cobalt. Le texte rappelle un repère qui pèse dans toutes les négociations internationales, la RDC représente environ 50 % de la production mondiale de cobalt. Dans un scénario de fusion, deux trajectoires opposées inquiètent.
La première, c’est une concentration plus forte, si une entité fusionnée gagnait encore du poids dans le cuivre et le cobalt, l’État congolais pourrait se retrouver face à un interlocuteur encore plus dominant lors des discussions sur la fiscalité, les redevances, les clauses sociales ou le contenu local. La seconde trajectoire, c’est une cession imposée par les autorités de concurrence : l’actif change de mains et passe à un autre acteur, qui peut être plus dur dans les conditions commerciales ou plus exigeant dans les négociations. Pour Kinshasa, la logique reste la même : plus il existe d’acteurs en concurrence, plus l’État garde des options. Quand le nombre d’acteurs se réduit, le rapport de force se tend.
En Afrique du Sud, le texte décrit un dossier sensible, car les deux groupes y ont des intérêts dans plusieurs filières. Rio Tinto détient 74 % de Richards Bay Minerals (sables minéraux) et une participation dans Palabora (cuivre). Glencore contrôle des actifs liés au charbon (Goedgevonden), au ferrochrome et au vanadium. Ce chevauchement peut attirer l’attention des autorités de concurrence, et l’impact ne se limite pas aux parts de marché. L’emploi pèse lourd dans les décisions. Le texte évoque plus de 20 000 emplois pour Rio Tinto dans le pays. Une vente d’actifs, une fermeture ou une réorganisation peut donc vite produire un choc local, car l’activité minière structure des bassins entiers de sous-traitance, de transport et de services.
À Madagascar, l’opération QMM (sables minéraux) est présentée comme un dispositif avec un volet social régulier : 4 millions de dollars investis chaque année. Dans une fusion, la logique du portefeuille peut changer. Un nouveau groupe cherche souvent à simplifier, à céder, à réduire des coûts. Les programmes sociaux, même utiles localement, peuvent devenir des lignes budgétaires fragiles si les engagements ne sont pas solidement encadrés.
Le texte cite aussi la Zambie, associée à l’exploration et au cuivre, et mentionne d’autres pays (Tanzanie, Burkina Faso, Mauritanie, Namibie, Mozambique, Zimbabwe…). Le raisonnement est direct : si les régulateurs exigent des ventes, les actifs situés dans des zones jugées « secondaires » à l’échelle mondiale peuvent devenir des candidats naturels à la cession. Pour les États hôtes, l’effet peut être double : baisse d’investissements et perte d’un levier de développement, alors que ces projets portent des emplois, des recettes publiques et des services locaux.
Un autre volet ressort nettement : le rôle possible de la Chine dans les autorisations et les contreparties. Un précédent est cité : Las Bambas, au Pérou. Selon le texte, lors de la fusion Glencore–Xstrata en 2013, des autorités chinoises auraient poussé Glencore à céder une participation dans cette mine de cuivre à des intérêts nationaux, pour 6 milliards de dollars, comme condition d’approbation. L’idée est simple : quand une entité contrôle une part élevée d’un métal stratégique, elle s’expose à des demandes de garanties d’approvisionnement, et parfois à des ventes d’actifs.
Le texte rapporte aussi l’analyse de Glyn Lawcock (Barrenjoey) selon laquelle le groupe fusionné pourrait commercialiser 17 % du marché mondial du cuivre. Dans ce cadre, le cuivre ne reste pas seulement un produit : il devient un levier de négociation. Un autre élément est mentionné comme facteur de complexité : Chinalco, actionnaire de Rio Tinto à 11 %, ce qui place des intérêts chinois dans la gouvernance du groupe.
Enfin, un commentaire congolais rappelle un point de méthode; si des actifs situés en RDC entraient dans un schéma de vente, le pays doit peser dans le processus. Eddy Kioni renvoie à un épisode marquant : la vente de Tenke Fungurume Mining par Freeport-McMoRan et Lundin Mining à CMOC en 2016. Selon lui, cette opération a « laissé des cicatrices » sur les employés congolais et sur les entreprises locales de la région, avec des opportunités jugées plus favorables à des entreprises chinoises, même si les contributions fiscales et les dividendes versés au Trésor ont augmenté. Son message tient en une idée; « anticiper et engager un dialogue constructif » si des actifs basés en RDC deviennent des objets de cession.
Même restées au stade de discussions, les rumeurs autour de Rio Tinto et Glencore montrent une fragilité connue des États producteurs, une consolidation mondiale peut se traduire, sur le terrain, par des ventes imposées, des renégociations et des changements de stratégie, alors que les pays hôtes cherchent surtout des garanties sur les recettes publiques, l’emploi, la sous-traitance et la continuité des projets.
— M. MASAMUNA
