La Banque centrale du Congo (BCC) a profité du Symposium des gouverneurs tenu le 27 novembre 2025 à Yaoundé, en marge de la 47ᵉ réunion annuelle de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), pour afficher une ligne claire : le climat entre désormais dans le radar de la politique monétaire congolaise.
Quand le climat devient un paramètre de politique monétaire
Autour du thème « Changement climatique et stabilité macroéconomique : rôle des banques centrales », les responsables monétaires africains ont abordé une question très concrète : comment intégrer les chocs climatiques dans les modèles qui guident les décisions de taux, de liquidité et de régulation bancaire.
Pour la BCC, représentée par le gouverneur André Wameso, le signal est double. D’abord, reconnaître que des aléas comme la sécheresse, les inondations ou la dégradation des sols ne sont plus de simples risques sectoriels. Ils se traduisent par une baisse de la production agricole, des tensions sur l’offre alimentaire, puis une hausse des prix qui complique le contrôle de l’inflation. Ensuite, admettre que ces chocs peuvent fragiliser le système financier : hausse du risque de crédit pour les banques exposées à l’agriculture, volatilité accrue des revenus des ménages, pressions sur la stabilité du secteur.
En se positionnant sur ce terrain, la BCC montre qu’elle ne se contente plus de suivre les agrégats classiques (taux d’inflation, agrégats monétaires, taux de change). Elle commence à intégrer des variables climatiques dans son cadre d’analyse, ce qui, à terme, peut influencer la façon dont elle évalue les risques, les tests de résistance des banques ou encore ses recommandations macroprudentielles.
Cette évolution s’inscrit dans une démarche de long terme. Membre de l’ABCA depuis 1965, la BCC participe au Programme de coopération monétaire africain (PCMA). Ce programme porte trois chantiers structurants : la création d’une monnaie unique, la mise en place d’une Banque centrale africaine et d’un Fonds monétaire africain. Derrière ces objectifs se trouve une idée simple : réduire la dépendance extérieure du continent et renforcer sa capacité à absorber les chocs, qu’ils soient financiers, géopolitiques ou climatiques.
Les experts présents à Yaoundé, issus de la finance climatique, de la régulation bancaire et de la recherche, convergent sur un point : la crédibilité d’une banque centrale en Afrique se jugera de plus en plus sur sa capacité à anticiper ces nouveaux risques. Maîtriser l’inflation restera central, mais il faudra aussi montrer que les politiques monétaires et prudentielles tiennent compte du climat comme facteur de choc récurrent.
En participant activement à ces travaux, la BCC cherche à se positionner parmi les institutions africaines qui préparent dès maintenant ce changement de grille de lecture, où stabilité des prix, stabilité financière et choc climatique sont analysés ensemble, et non plus séparément.
M. KOSI
