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La masse salariale de l’État congolais a dépassé les plafonds légaux de 2 milliards de dollars en cinq ans

fonctionnaires congolais

Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local a publié en mars 2026 sa troisième note du Baromètre financier, consacrée aux dépenses de rémunération des agents publics en RDC. Le diagnostic est sévère. Entre 2021 et 2025, le gouvernement congolais a déboursé 18,9 milliards de dollars au titre des salaires de la fonction publique, dépassant chaque année les plafonds budgétaires légalement autorisés, pour un excédent cumulé de près de 2 milliards de dollars.

Ces dépassements s’opèrent en violation de la loi relative aux finances publiques, qui dispose que les crédits ouverts au titre des dépenses de personnel constituent un plafond que les administrations ne peuvent franchir. La Cour des Comptes l’a relevé à plusieurs reprises, sans que le gouvernement ne fournisse les rapports explicatifs requis.

La situation est également préoccupante au regard des engagements internationaux. La masse salariale représente en moyenne 43,42 % des recettes internes sur la période, bien au-delà du seuil de 35 % convenu avec le Fonds Monétaire International. Le FMI identifie cette dérive comme un risque budgétaire majeur pour 2025-2026.

Des agents fictifs et des doublons pour un préjudice estimé à 889 millions de dollars

Derrière les dépassements budgétaires, le rapport pointe une fraude structurelle dans le fichier de paie. Les audits de l’Inspection générale des finances de 2019 et 2023 ont mis au jour des centaines de milliers d’agents fictifs, de doublons et de matricules falsifiés. Le préjudice cumulé pour le Trésor public est estimé à 889 millions de dollars sur cinq ans.

Malgré des enquêtes judiciaires, des interpellations et plusieurs tentatives de réforme informatique, dont la mise en place du système SYGECPAF en 2013, les dysfonctionnements perdurent. Le président Tshisekedi a instruit en février 2026 le lancement d’un nouvel audit de la paie. Le CREFDL accueille cette initiative avec un scepticisme mesuré. Tant que les recommandations des missions de contrôle précédentes resteront sans suite, avertit l’organisation, aucune réforme de fond ne pourra s’imposer durablement.

— M. KOSI

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