Site icon LePoint.cd

La RDC annonce sa première production de lithium à Manono pour le deuxième trimestre 2026

mine de Zijin

Le ministre des Mines, Louis Watum, a annoncé le 3 mars 2026 à Toronto que la RDC produira son premier lithium dès le deuxième trimestre 2026. L’annonce a été faite lors de la plateforme d’échanges miniers « Spotlight on DRC » au Canada, devant des investisseurs et partenaires internationaux. Le gisement concerné se trouve à Manono, dans la province du Tanganyika, et figure parmi les plus grands au monde.

Le lithium est un minerai stratégique indispensable à la fabrication des batteries rechargeables utilisées dans les véhicules électriques, les téléphones mobiles et les systèmes de stockage d’énergie. La demande mondiale ne cesse de progresser : selon Market Research Future, le marché des batteries lithium-ion pourrait croître de 16 % d’ici 2026.

D’après une étude de faisabilité menée par Rio Tinto, les mines de Manono abritent près de 45 millions de tonnes de réserves, avec une capacité de production annuelle estimée à 700 000 tonnes. Le sous-sol local contiendrait aussi 6,6 millions de tonnes de lithium. En décembre 2025, l’accord minier signé entre Washington et Kinshasa a intégré ces gisements parmi les projets prioritaires du partenariat bilatéral.

Plusieurs acteurs se partagent le projet. La société australienne AVZ Minerals en détient la majorité en partenariat avec la congolaise Cominière. En 2021, le géant chinois Contemporary Amperex Technology a investi 240 millions de dollars pour acquérir 24 % du capital. La firme américaine KoBold Metals, soutenue par Jeff Bezos, a aussi sécurisé des licences à Manono et affiché son intérêt pour l’exploitation du site.

Un projet attendu depuis des années, plombé par des controverses

L’annonce du ministre intervient après plusieurs années de retards et de tensions autour du projet. Dès 2023, les autorités ont suspendu les activités à la suite d’accusations de détournement présumé de 70 millions de dollars impliquant la société chinoise Zijin Mining et une organisation non gouvernementale fictive dont le président siégeait au conseil d’administration de Cominière. Ces accusations ont contribué à bloquer le démarrage effectif de l’exploitation.

D’autres contentieux ont alourdi le dossier : non-respect du cahier des charges communautaire et application contestée de la rétrocession de 0,3 % de la redevance minière au développement local, telle que prévue par le Code minier de 2018.

Sur le terrain, la frustration est palpable. En mai 2025, l’abbé Moïse Kiluba, membre de la société civile de Manono, avait dénoncé l’immobilisme du projet. « Jusque-là les choses patinent même s’ils ont déjà commencé l’installation de l’usine. La population attend et s’inquiète du fait que le projet d’exploitation de son lithium tire en longueur », avait-il déclaré. Un habitant, Patrick Kasongo, était allé plus loin : « Nous pensions que ce projet allait aboutir pour promouvoir les projets communautaires sur place à Manono, mais nous pensons que c’est une arnaque. »

Face à ces tensions, certaines organisations de la société civile ont choisi d’agir en amont. L’Observatoire africain des ressources naturelles, Afriwatch, a lancé en mai 2025 un projet intitulé « Faire entendre la voix des communautés autour de Manono », visant à préparer les populations riveraines aux impacts et aux opportunités de la future exploitation.

L’exploitation du lithium représente un espoir concret pour Manono et la province du Tanganyika, une zone largement dépourvue d’infrastructures de base. Les attentes portent sur l’accès à l’électricité, le développement de l’entrepreneuriat local, l’approvisionnement en eau et la construction de routes. Reste à savoir si l’échéance du deuxième trimestre 2026 annoncée par le ministre Louis Watum sera effectivement tenue, et si le projet tiendra cette fois ses promesses pour les communautés qui l’attendent depuis des années.

— Joldie KAKESA

Quitter la version mobile