La RDC mise sur le solaire et les mini-réseaux pour éclairer 20 millions de personnes d’ici 2030

L’État congolais veut faire entrer l’électricité dans la vie quotidienne de dizaines de millions de personnes qui en sont encore privées. D’ici 2030, près de 20 millions de Congolais devraient être alimentés par des mini-réseaux et des systèmes solaires, en complément du réseau national jugé insuffisant.

Le hors-réseau devient la colonne vertébrale de l’électrification

Aujourd’hui, à peine 21,5 % de la population congolaise a accès à l’électricité. C’est l’un des taux les plus bas au monde. La majorité des provinces vivent presque dans le noir : 22 provinces sur 26 affichent un taux d’accès inférieur à 5 %. Les lignes à haute tension couvrent surtout quelques grandes villes. De vastes territoires ruraux ou périurbains restent totalement en marge.

Dans ce contexte, prolonger simplement le réseau existant ne suffit plus. Le pays est immense. Les distances sont longues. Le coût pour tirer des câbles jusqu’aux villages isolés devient trop élevé. Le Compact Énergétique National part de ce constat. Il place les solutions hors réseau au centre de la stratégie : mini-réseaux hydroélectriques et solaires, systèmes solaires domestiques installés maison par maison.

L’objectif global est clair : atteindre 57,3 millions de personnes raccordées à l’électricité en 2030. Sur ce total, près de 20 millions doivent venir du hors-réseau. En milieu rural, le pas à franchir est énorme. On compte moins de 80 000 connexions hors réseau en 2022. Le Compact vise plus de 9,2 millions de connexions rurales hors réseau à l’horizon 2030. En ville et en périphérie, ces solutions doivent aussi soulager un réseau public souvent saturé et instable.

Derrière ces choix, il y a une logique de coût. Dans les zones peu peuplées, étendre le réseau national revient plus cher que construire un mini-réseau local ou installer des kits solaires. Pour beaucoup de villages, le hors-réseau n’est pas une option de secours. C’est la seule voie réaliste.

Le pays ne part pas de zéro. Plusieurs opérateurs privés sont déjà présents. Virunga Energie exploite environ 30 MW de capacité hydroélectrique et alimente près de 6 000 ménages dans le Nord-Kivu. Nuru fournit de l’électricité solaire à plus de 2 500 ménages à Goma. D’autres acteurs, comme EDC à Tshikapa, ENK à Beni et Butembo ou Equatorial Power sur l’île d’Idjwi, multiplient les petites centrales et les réseaux locaux.

Les tarifs sont plus élevés que ceux de la Société nationale d’électricité (SNEL). Ils varient entre 0,25 et 0,70 USD/kWh, contre environ 0,09 USD/kWh sur le réseau public. Malgré cela, ces opérateurs privés affichent souvent de meilleurs taux de recouvrement. Les clients paient parce qu’ils ont enfin une énergie disponible et relativement fiable. Ce comportement montre qu’il existe une demande prête à payer un peu plus pour sortir de la bougie et du groupe électrogène.

Le développement du secteur reste pourtant freiné. L’accès aux financements à long terme est difficile. Les investisseurs hésitent quand les règles changent ou restent floues. Les questions de titres fonciers compliquent l’installation des parcs solaires. Les entreprises ne profitent pas encore d’économies d’échelle, ce qui maintient les coûts à un niveau élevé.

Le Compact Énergétique prévoit une réponse financière à cette situation. Sur les 37,04 milliards USD à mobiliser pour l’ensemble du secteur électrique d’ici 2030, 8,3 milliards USD sont réservés aux mini-réseaux, aux systèmes solaires hors réseau et aux solutions de cuisson propre. La plus grande partie de cette somme doit venir du secteur privé. L’argent public, lui, sert à réduire les risques et à orienter les capitaux vers les zones prioritaires.

Dans ce cadre, le Fonds Mwinda joue un rôle central. Il s’agit d’un mécanisme de financement basé sur les résultats : les opérateurs sont soutenus lorsqu’ils livrent effectivement des connexions et un service. Le Compact prévoit de renforcer ce fonds pour atteindre progressivement 1 milliard USD. Une ligne de crédit renouvelable de 200 millions USD doit aussi appuyer les projets de mini-réseaux et les usages productifs de l’énergie, comme les moulins, les ateliers, les chambres froides ou les petites usines.

L’argent ne suffira pas sans un cadre clair. Le gouvernement annonce une série de réformes pour sécuriser le secteur hors réseau. La loi sur l’électricité adoptée en 2014 doit être révisée pour définir plus précisément le statut des mini-réseaux et des petits opérateurs. Les procédures pour obtenir une licence ou une concession doivent être simplifiées. Un régime tarifaire spécifique pour l’électrification rurale est en préparation, avec des règles adaptées aux réalités locales.

Les équipements pour les énergies renouvelables décentralisées devraient être exonérés de droits de douane, car ces taxes renchérissent les projets et les rendent moins accessibles pour les ménages. Le pays veut aussi adopter des normes techniques reconnues, comme la norme CEI TS 62257-9-8 pour les systèmes solaires. L’objectif est simple : garantir des équipements de qualité, éviter les produits bon marché qui tombent vite en panne, protéger les consommateurs.

Pour suivre les progrès, la RDC va mettre en place un système national de suivi basé sur le cadre multi-niveaux (MTF). Ce cadre ne regarde pas seulement si une maison est connectée ou non. Il mesure aussi la qualité du service : nombre d’heures d’électricité par jour, puissance disponible, fiabilité. Ce type d’outil permet de savoir si un ménage peut juste allumer une ampoule ou s’il peut aussi faire tourner un congélateur, une machine à souder ou une pompe à eau.

L’électrification décentralisée ne concerne pas uniquement la lumière à la maison. Un mini-réseau peut transformer la vie économique locale. Une petite unité de transformation agricole qui fonctionne grâce à l’électricité permet aux producteurs de mieux valoriser leurs récoltes. Une chaîne de froid limite les pertes de poissons ou de viande. Un atelier équipé de machines électriques crée des emplois et des revenus. Une école ou un centre de santé avec une alimentation fiable améliore directement les services de base.

Pour la RDC, le hors-réseau devient ainsi un outil concret de développement local. Chaque mini-réseau est un petit projet de territoire. Chaque kit solaire installé sur un toit réduit la dépendance au charbon de bois ou au pétrole lampant. Chaque entreprise alimentée par une énergie locale et stable prend moins de risques et peut se projeter.

Le Compact Énergétique conclut que l’électricité hors réseau n’est plus une solution provisoire en attendant le grand réseau. C’est un pilier durable de la stratégie énergétique. La capacité du pays à tripler l’accès à l’électricité d’ici 2030 repose largement sur la capacité à faire décoller ces solutions, à sécuriser les investisseurs et à protéger les consommateurs.

— M. KOSI

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