Le conflit entre les États-Unis et l’Iran fait peser un risque sérieux sur les engagements d’investissement des pays du Golfe en Afrique. Des officiels du Golfe évaluent discrètement l’impact financier d’un conflit prolongé sur leurs programmes d’investissements à l’étranger, selon le Financial Times. Pour l’Afrique, les sommes en jeu sont considérables : les pays du Conseil de coopération du Golfe ont investi plus de 100 milliards de dollars sur le continent au cours des dix dernières années.
Les Émirats arabes unis sont le premier investisseur, avec environ 59,4 milliards de dollars engagés, suivis de l’Arabie saoudite avec 25,6 milliards et du Qatar avec 7,2 milliards. Ces capitaux ont financé des projets dans l’énergie, la logistique, les ports, les mines et les infrastructures à travers plusieurs économies africaines.
Or, une escalade militaire prolongée pourrait contraindre ces gouvernements à réviser leurs priorités. Des dépenses de défense en hausse, une volatilité accrue des marchés pétroliers et une incertitude économique régionale pourraient pousser les États du Golfe à réduire ou différer leurs engagements à l’étranger.
La RDC parmi les pays les plus exposés
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu est direct. En 2025, le Qatar a promis 21 milliards de dollars d’investissements au pays, dans le cadre d’une enveloppe globale de 103 milliards annoncée pour l’ensemble du continent africain via Al-Mansour Holdings, un conglomérat lié à la famille royale Al-Thani. Ces engagements, encore largement au stade des promesses, pourraient être soumis à une révision si les tensions au Moyen-Orient s’aggravent.
Les Émirats arabes unis ont aussi mobilisé 4,5 milliards de dollars pour des projets d’énergie renouvelable à travers l’Afrique, dont plus de 60 projets solaires, éoliens et de stockage d’énergie. L’Arabie saoudite, de son côté, a annoncé en février 2026 un objectif de 25 milliards de dollars d’investissements en Afrique d’ici 2030, incluant des infrastructures numériques et un câble sous-marin reliant le continent à sa côte ouest.
Au-delà des investissements directs, un ralentissement économique dans le Golfe aurait d’autres répercussions pour l’Afrique. Des millions de travailleurs africains sont employés dans les économies du Golfe, et les transferts de fonds qu’ils envoient à leurs familles représentent une source de revenus importante pour plusieurs pays du continent. Par ailleurs, une perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz renchérirait les importations de carburant raffiné, dont dépendent encore fortement des économies comme le Nigeria ou la RDC.
— Peter MOYI
