À 2 850,16 francs pour un dollar, le cours officiel du franc congolais au 15 mai 2025 reste stable. La Banque centrale du Congo (BCC) veille avec prudence, usant d’une politique monétaire restrictive pour contenir les tensions inflationnistes. Le taux directeur demeure figé à 25 %, signal clair d’un refus de relâchement prématuré. L’objectif est assumé : absorber l’excès de liquidité et limiter la spéculation sur les devises. Mais derrière cette stabilité monétaire affichée, la reprise tarde.
Les chiffres de l’inflation donnent un léger répit. Sur la semaine du 10 mai, le taux s’est établi à 0,132 %, portant le cumul annuel à 3,20 % et le glissement annuel à 9,70 %. C’est en dessous du seuil symbolique des 10 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plusieurs mois. La Banque centrale marque donc des points. Mais ce recul reste précaire, tant il repose sur un dosage délicat entre raréfaction du crédit et maîtrise des prix.
Dans les marchés de bons du Trésor, la tendance est révélatrice : le rendement des titres BCC oscille entre 23,85 % pour les 7 jours et 25 % pour les 84 jours. Ce niveau élevé attire les institutions financières, au détriment du financement productif. Le crédit bancaire se rétracte, bridé par des taux de refinancement prohibitifs. Les entreprises locales, surtout les PME, souffrent. La consommation s’essouffle. L’investissement reste timide.
Le franc congolais affiche une certaine solidité face au billet vert, mais décroche face à l’euro (3 190,11 CDF), à la livre sterling (3 791,37 CDF) et au franc suisse (3 396,55 CDF). Résultat : les importations européennes deviennent plus coûteuses, avec un effet en cascade sur les prix intérieurs, notamment pour les produits alimentaires, pharmaceutiques et industriels. Cette pression importée complique la lecture d’une inflation que l’on croyait domptée.
L’analyse hebdomadaire de la BCC laisse aussi entrevoir une politique de stérilisation monétaire toujours active. Les instruments de normalisation bancaire sont pleinement mobilisés, les agrégats sont sous contrôle, et les réserves obligatoires font l’objet d’une supervision serrée. Cette posture volontariste rassure les marchés, mais ralentit l’économie réelle.
Dans ce climat, plusieurs recommandations circulent parmi les analystes financiers : envisager une baisse prudente du taux directeur, si l’inflation passe durablement sous la barre des 8,5 % dans les deux mois à venir ; stimuler le crédit ciblé, notamment pour les filières stratégiques comme l’agriculture, les infrastructures ou la logistique ; réduire les charges fiscales à l’importation, pour alléger la pression sur le panier de la ménagère.
Un autre levier souvent ignoré : la relance des investissements locaux, à travers une réforme concrète du climat des affaires. Moins de bureaucratie, plus de prévisibilité fiscale, une lutte crédible contre la corruption : autant de signaux que les investisseurs attendent pour passer à l’acte.
Le risque, à court terme, est que la Banque centrale, en voulant éviter la surchauffe, étouffe la relance. L’équilibre reste fragile. La RDC ne peut se contenter d’une stabilité monétaire obtenue au prix de la stagnation de l’économie réelle. La rigueur budgétaire ne saurait suffire si elle n’est pas accompagnée d’une impulsion forte du secteur privé.
— M. KOSI
