En République Démocratique du Congo (RDC), les débats budgétaires de fin d’année mettent en lumière une stratégie ambitieuse : diversifier les ressources financières de l’État en s’appuyant sur des recettes non fiscales. La récente promulgation de la Loi de finances 2025 par le Président Félix Tshisekedi révèle une projection de 6 905,7 milliards de Francs congolais (CDF) pour ces recettes, soit environ 2,3 milliards USD au taux moyen de 2 954,4 CDF pour un dollar américain. Une augmentation de 13,9 % est attendue par rapport à l’exercice précédent.
Ces chiffres traduisent l’urgence pour le gouvernement de mobiliser des ressources alternatives, alors que les pressions économiques continuent de peser sur les ménages et les entreprises. Loin d’être une simple annonce, ce cap reflète une vision stratégique axée sur l’exploitation des potentiels inexploités du pays.
Au premier semestre 2024, les recettes non fiscales avaient déjà atteint 2 249,7 milliards CDF, un niveau supérieur aux attentes initiales, avec un taux de réalisation de 112,4 %. Cette dynamique a conduit à une révision à la hausse des prévisions pour l’année en cours, portées à 4 910,6 milliards CDF. Derrière ces chiffres se cache une volonté manifeste de structurer davantage les sources de revenus de l’État.
Pour y parvenir, le gouvernement mise sur plusieurs axes prioritaires : d’abord, une meilleure exploitation des dividendes issus des entreprises publiques, souvent sous-performantes, mais aussi une rationalisation des revenus provenant des amendes et des ventes de biens et services. À cela s’ajoute un effort accru dans le domaine des ressources naturelles, où le potentiel du pays reste encore largement inexploité.
L’impact attendu va au-delà des finances publiques. Ces recettes doivent permettre de répondre à des besoins essentiels : renforcer les infrastructures de base, améliorer l’accès à l’éducation et aux soins de santé, tout en consolidant les investissements dans des secteurs clés pour l’avenir.
Cependant, des défis majeurs subsistent. Les dysfonctionnements administratifs et la faible transparence dans la gestion des fonds publics freinent souvent l’efficacité des réformes annoncées. Pour que cette stratégie réussisse, il faudra non seulement des efforts techniques, mais aussi une volonté politique forte et une implication accrue des acteurs du secteur privé.
En explorant ces nouvelles voies, la RDC tente de s’émanciper d’une dépendance excessive aux recettes fiscales traditionnelles et à l’instabilité des prix des matières premières. Le pari est risqué, mais il pourrait bien marquer un tournant décisif dans la gestion économique du pays, à condition que les réformes suivent et que la population en ressente les effets concrets.
— Peter MOYI
