La République Démocratique du Congo va bénéficier d’une nouvelle aide britannique de 5,5 millions de livres sterling, soit environ 5,9 millions de dollars américains, pour mieux faire face aux épidémies comme la mpox et le choléra. Ce financement vise surtout les provinces les plus touchées, où les services de santé manquent souvent de moyens pour réagir vite.
Comment cette aide va changer la réponse aux épidémies
L’appui du Royaume-Uni s’inscrit dans le projet « Soutien à la réponse aux urgences sanitaires en RDC ». Il est financé par le ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement (FCDO) et mis en œuvre par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Le lancement officiel a eu lieu à Kinshasa, sous la présidence du ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Roger Kamba.
Concrètement, le projet veut améliorer trois choses : la préparation, la détection et la réponse aux urgences sanitaires. L’objectif est clair : que les autorités sanitaires repèrent plus vite une épidémie, réagissent plus tôt et maintiennent les services essentiels de santé, même en période de crise.
Neuf provinces sont considérées comme prioritaires : l’Équateur, Kinshasa, le Kasaï, le Maï-Ndombe, le Nord-Kivu, le Sankuru, le Sud-Kivu, le Tanganyika et la Tshopo. Ce sont des zones où les épidémies reviennent souvent et où les populations restent très exposées.
Les autorités estiment que 1,2 million de personnes profiteront directement de ce projet. Cela veut dire qu’elles bénéficieront de soins, de services ou d’appuis concrets dans les structures ciblées. En plus, environ 4,8 millions d’habitants devraient en ressentir les effets indirects, par exemple grâce à une meilleure surveillance ou à une meilleure organisation des soins dans leurs zones. La durée du projet s’étend jusqu’en mars 2026, ce qui laisse un peu plus d’un an pour installer de nouveaux outils et renforcer les équipes.
Un premier geste fort a déjà été posé : un lot symbolique de matériels informatiques a été remis aux autorités sanitaires. Il comprend 442 tablettes, ainsi que des ordinateurs. Ce matériel n’est pas un simple gadget. Il va servir à mieux collecter les données sur les cas de maladie, à les analyser plus rapidement et à les transmettre en temps réel aux niveaux supérieurs.
Dans un pays où de nombreuses zones restent reculées, la possibilité d’envoyer des informations rapidement peut faire la différence entre une épidémie maîtrisée et une flambée qui échappe au contrôle. Plus les données remontent vite, plus la décision politique et médicale peut être rapide.
Lors de la cérémonie, le Dr Roger Kamba a rappelé que la RDC affronte régulièrement des épidémies de choléra, de mpox, d’Ebola ou de rougeole. Ces crises fragilisent les communautés, épuisent les équipes de santé et perturbent les soins de base, comme la vaccination ou la prise en charge des femmes enceintes.
Pour le ministre, renforcer la préparation, la surveillance et l’implication des communautés est donc une nécessité. Sans structures locales solides, les alertes arrivent tard et les populations se sentent abandonnées. Le projet financé par le Royaume-Uni doit justement aider à combler ces faiblesses, grâce à des outils, des formations et une meilleure organisation de la réponse.
De son côté, le chef du Bureau de l’OMS en RDC, M. Riku Edward Elovainio, a expliqué que ce financement va permettre d’augmenter l’envoi de fournitures médicales essentielles dans les provinces ciblées. Cela concerne, par exemple, les médicaments, le matériel pour les centres de traitement, les équipements de protection pour le personnel de santé.
Le projet prévoit aussi de renforcer les compétences des agents de santé de première ligne. Ceux qui reçoivent les malades en premier doivent savoir reconnaître les signes d’alerte, appliquer les mesures de prévention et de contrôle des infections, et déclencher les procédures prévues. Quand la base tient, tout le système devient plus résistant face aux chocs.
Un autre volet important concerne les laboratoires et la surveillance épidémiologique. Le projet doit aider à améliorer les capacités de diagnostic, afin d’identifier plus vite l’agent responsable d’une maladie. Il prévoit aussi de consolider les mécanismes de détection précoce, d’analyse des données et de coordination entre les différents services.
La coordination multisectorielle est essentielle, car une épidémie ne touche pas que la santé. Elle a des effets sur l’économie locale, la scolarité, les déplacements, la vie quotidienne. Mieux se parler entre services publics, ONG et partenaires techniques permet de réduire les doublons et de concentrer les efforts là où les besoins sont les plus urgents.
Les communautés locales sont au cœur de ce dispositif. Sans elles, aucune stratégie ne tient dans la durée. Le projet entend donc renforcer la sensibilisation, le dialogue avec les leaders locaux et la participation des populations aux mécanismes d’alerte. Quand une communauté comprend les risques, les gestes de prévention et le rôle des centres de santé, elle devient un acteur à part entière de la riposte.
L’ambassadrice du Royaume-Uni en RDC, Alyson King, a rappelé que son pays accompagne la RDC dans le secteur de la santé depuis de nombreuses années. Pour Londres, cette coopération avec la RDC et l’OMS vise à avancer sur des priorités partagées : réduire l’impact des épidémies, sauver des vies et rendre le système de santé plus solide face aux crises futures.
Dans un contexte où les épidémies se succèdent et où les moyens publics restent limités, ce type de partenariat apporte un soutien financier, technique et logistique précieux. Il ne règle pas tous les problèmes, mais il peut aider à mieux organiser les réponses, à éviter des décès et à maintenir un minimum de services pour les populations les plus vulnérables.
Avec ce nouvel appui de 5,5 millions de livres, la RDC et ses partenaires misent donc sur une approche plus structurée des urgences sanitaires : des données mieux gérées, des équipes mieux formées, des laboratoires mieux équipés et des communautés davantage associées. La réussite de ce projet se mesurera dans les prochains mois, à la capacité du pays à détecter plus tôt les menaces, à y répondre plus vite et à protéger le quotidien de millions de Congolais.
— M. KOSI
