Du 12 au 13 janvier à Kinshasa, un séminaire international a réuni chercheurs, décideurs et mineurs artisanaux autour des chaînes d’approvisionnement des minerais artisanaux en Afrique des Grands Lacs et au Sahel. Après deux jours d’échanges, les participants disent repartir avec des pistes de travail à poursuivre. Pour la France, qui finance et encadre une partie de ses politiques d’approvisionnement responsable via l’Union européenne et des exigences de traçabilité, ce type d’espace compte, car il touche directement un point sensible, la sécurisation des chaînes, la conformité et, in fine, le coût du risque pour les entreprises.
Le signal principal est là, les acteurs veulent sortir d’un débat théorique et coller au terrain. Henry Munzombo, représentant de la ministre congolaise de l’Enseignement supérieur, a insisté sur l’utilité concrète des échanges pour améliorer le travail quotidien, « chacun de nous pourra y ajouter un plus ». Gabriel Kamundala, professeur à l’Université de Zurich et l’un des organisateurs, a expliqué que l’objectif était de créer un cadre de dialogue entre ceux qui produisent le savoir, ceux qui prennent les décisions et ceux qui creusent, pour comparer ce qui fonctionne ailleurs et ce qui échoue, puis dégager des solutions applicables.
Dans une lecture économique vue de France, l’enjeu n’est pas seulement social. Il est aussi technique. Une chaîne d’approvisionnement mal structurée augmente l’incertitude sur l’origine, la qualité et les volumes. Cette incertitude se transforme en risque, puis en coût, coûts de conformité, ruptures d’approvisionnement, contentieux, réputation. À l’inverse, quand les règles de collecte, d’achat, de transport et de traçabilité sont mieux définies, le risque baisse et les décisions d’achat deviennent plus prévisibles.
Traçabilité, risque et coût du financement, ce que la France regarde d’abord
La politique d’approvisionnement responsable se traduit, côté entreprises, par des procédures de contrôle, des audits et des mécanismes de traçabilité. Cela a un effet direct sur le prix final, car chaque maillon de vérification ajoute un coût. C’est aussi un sujet de financement. Plus le risque est jugé élevé, plus le coût du capital peut monter, car les banques et assureurs intègrent ces facteurs dans leurs évaluations.
C’est ici que le dialogue annoncé par les organisateurs prend un sens opérationnel. Kamundala parle de « focaliser nos recherches » et de poursuivre les échanges pour bâtir une complémentarité entre recherche et solutions. En clair, rapprocher les normes, les réalités des sites miniers et les contraintes des acheteurs.
Muriel Côte, maîtresse de conférences à l’Université de Lund en Suède, a décrit des échanges « riches et solides » et dit espérer que les connexions créées dureront. Selon elle, la valeur du séminaire vient de la mise en perspective des points de vue entre parties prenantes. Pour une lecture française, c’est précisément ce qui manque souvent, des discussions où la chaîne complète est représentée, du creuseur jusqu’au décideur.
Le séminaire avait pour thème Regards croisés sur le travail dans les chaînes d’approvisionnement des minerais artisanaux en Afrique des Grands Lacs et au Sahel, avec l’objectif de favoriser un dialogue vertical et inclusif entre chercheurs, décideurs et mineurs artisanaux, afin de partager savoir scientifique, expérience de terrain et perspectives politiques.
Joldie KAKESA
