Les travaux de réhabilitation routière à Kinshasa ralentis par des réseaux non cartographiés

Les sociétés chargées de la modernisation des axes routiers à Kinshasa enregistrent des retards chroniques, directement imputables à la superposition de réseaux souterrains mal identifiés. Selon les techniciens présents sur le terrain, l’absence de cartographie précise des installations de la SNEL, de la Regideso et de la SCPT freine l’avancée des travaux et provoque une hausse non négligeable des coûts de chantier.

« Chaque fois que nos équipes engagent un nouveau tronçon, elles découvrent des canalisations ou des câbles qui n’avaient pas été signalés. Le déplacement ou la sécurisation de ces installations peut nous faire perdre plusieurs semaines », souligne l’ingénieur Theo Tatakala, rencontré sur un chantier de la capitale. Cette réalité n’est pas marginale : d’après une analyse de la Fédération des Entreprises du Congo, près de 70 % des projets routiers à Kinshasa en 2023 ont subi des dépassements de délais, dont la majorité liée à ces imprévus techniques.

La situation n’est pas sans conséquences financières. Pour le seul axe de l’avenue Kasa-Vubu, la remise à niveau du réseau a coûté plus de 3 millions de dollars supplémentaires, auxquels se sont ajoutés quatre mois de travaux imprévus. La Banque mondiale chiffre à 400 kilomètres la longueur de routes à rénover chaque année dans la capitale congolaise, un objectif difficilement tenable sans coordination renforcée entre opérateurs publics et entreprises privées.

Pour prévenir ces blocages récurrents, les acteurs du secteur préconisent la création d’une cellule technique conjointe. L’objectif serait d’intégrer systématiquement les ingénieurs de la SNEL, de la Regideso et de la SCPT lors de l’élaboration de chaque projet, afin d’obtenir une cartographie fiable et d’anticiper toute intervention. Certains entrepreneurs recommandent même un guichet unique, inspiré des pratiques en vigueur au Maroc ou au Sénégal, pour centraliser les informations et accélérer la levée des obstacles administratifs.

La question dépasse le simple cadre technique : sans anticipation et coordination, les budgets de la voirie urbaine risquent de dériver et la planification de la relance économique de Kinshasa pourrait être compromise à moyen terme. La rigueur dans l’organisation des chantiers apparaît plus que jamais indispensable dans un contexte où la RDC investit massivement pour améliorer la mobilité urbaine et soutenir la croissance, alors que le taux d’urbanisation annuel dépasse les 4 % selon les dernières données de l’ONU-Habitat.

— Peter MOYI

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