Le projet de lithium de Manono, dans le Tanganyika, entre dans une phase industrielle avec un investissement annoncé de 2 milliards USD. Reçus le 7 mai 2026 par le ministre des Mines Louis Watum Kabamba, les responsables de Manono Lithium SAS ont présenté l’état d’avancement d’un projet censé placer la RDC dans la chaîne mondiale des minerais destinés aux batteries.
À Manono, le débat ne porte plus seulement sur la taille du gisement. Il porte désormais sur la capacité de la RDC à transformer une ressource stratégique en infrastructures, emplois, recettes et valeur ajoutée locale. Le projet porté par Manono Lithium SAS, dans un partenariat associant Zijin Mining Group, la COMINIÈRE SA et l’État congolais, avance avec une promesse centrale : ne pas limiter le lithium congolais à une simple matière première exportée sans transformation.
Les installations annoncées pour 2026 donnent une idée de cette ambition industrielle. Le calendrier prévoit la mise en service d’une unité de séparation en milieu dense en juin 2026, la finalisation des routes et ponts reliant Manono à Kalemie au même mois, l’entrée en service du port de Kalemie en septembre 2026, puis l’opérationnalisation d’un système de fonderie en décembre 2026. Ces investissements doivent améliorer la logistique minière dans une zone longtemps pénalisée par l’enclavement.
Manono ne sera rentable que si la logistique suit
Le site officiel de Zijin Mining présente Manono Nord-Est comme l’un des plus grands gisements de lithium en roche dure encore non développés au monde. Le projet est conçu pour une capacité totale d’extraction et de traitement de 5 millions de tonnes par an, avec une fonderie capable de traiter 500 000 tonnes de concentré de spodumène par an afin de produire 95 170 tonnes de sulfate de lithium brut. La mise en service est ciblée au 30 juin 2026.
Ces chiffres expliquent pourquoi les infrastructures autour du site sont aussi stratégiques que la mine elle-même. Sans routes praticables, sans liaison vers Kalemie, sans énergie stable et sans port fonctionnel, la production risque de buter sur les coûts de transport et les délais d’évacuation. Dans ce schéma, la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, annoncée avec une capacité de 37,5 MW, devient un élément central du dispositif énergétique destiné à soutenir les activités minières et industrielles.
Le ministère des Mines met aussi en avant l’impact social du projet. Selon les données communiquées, Manono Lithium SAS emploie déjà plus de 1 200 travailleurs congolais et génère plusieurs milliers d’emplois indirects. Louis Watum Kabamba a demandé à l’entreprise de renforcer le dialogue avec les communautés locales, les autorités provinciales et les institutions nationales, tout en produisant des rapports trimestriels sur l’évolution des travaux.
Cette exigence de suivi intervient dans un contexte sensible. Le gisement de Manono reste au centre d’un différend international après l’annulation du permis d’AVZ Minerals et la réattribution d’une partie du site à Manono Lithium, selon Reuters. L’agence relève aussi que Zijin prévoit de lancer la première production congolaise de lithium en juin 2026, alors que les prix du lithium restent sous pression après une forte chute depuis leurs niveaux de fin 2022.
Pour la RDC, le dossier Manono devient donc un test économique. Le pays veut éviter de répéter le modèle d’exportation brute observé dans plusieurs segments miniers, où l’essentiel de la valeur se crée hors du territoire national. La transformation locale, le transfert de technologies, la formation technique et la préparation de l’après-mine seront les vrais indicateurs à suivre. Les 2 milliards USD annoncés ne pèseront réellement dans l’économie congolaise que si les infrastructures construites à Manono servent aussi aux populations, aux entreprises locales et aux autres chaînes productives du Tanganyika.
— Peter MOYI
