Dans la zone économique spéciale de Kiswishi, à Lubumbashi, les engins de chantier sont attendus sur un terrain de 15 hectares, destiné à accueillir une nouvelle usine d’embouteillage Pepsi. Le 12 juin 2025, la pose symbolique de la première pierre a officialisé un projet industriel d’envergure porté par Varun Beverages RDC SAS, la branche congolaise d’un groupe indien parmi les plus importants partenaires de PepsiCo à l’international. L’investissement annoncé atteint 50 millions de dollars, avec pour ambition de couvrir les besoins en boissons gazeuses dans le Haut-Katanga et ses environs.
La construction de cette infrastructure s’inscrit dans une stratégie d’expansion maîtrisée. Le groupe Varun ne part pas de zéro : une unité identique fonctionne déjà dans l’ouest du pays, à Maluku, à quelques encablures de Kinshasa. Entrée en production en août 2024, cette usine affiche une capacité de 1,2 million de bouteilles par jour. Les résultats financiers sont à la hauteur de l’ambition : 36,8 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel, générés par six références principales dont les plus vendues, Pepsi et Mirinda, représentent ensemble plus de 11 millions de bouteilles écoulées en une seule année.
Ces chiffres, extraits du rapport annuel 2024 du groupe, traduisent une pénétration commerciale soutenue. Pepsi concentre près de 49,6 milliards de francs congolais de revenus, quand Mirinda en génère 46,2 milliards, confirmant l’intérêt du marché congolais pour les boissons sucrées produites localement.
Mais au-delà de l’aspect purement commercial, le projet de Lubumbashi capitalise sur un cadre réglementaire favorable. Depuis le 26 juin 2024, une interdiction d’importer des boissons gazeuses est en vigueur sur le territoire national, pour une durée d’au moins douze mois. Cette mesure, édictée par le ministère du Commerce extérieur, vise à freiner l’arrivée massive de produits étrangers et à encourager le développement de l’industrie locale. Un levier qui permet aux investisseurs comme Varun Beverages de sécuriser leur position tout en créant un environnement concurrentiel plus équilibré.
Dans les coulisses, l’argument social pèse également. Des milliers d’emplois sont attendus avec la mise en service de l’usine de Kiswishi, aussi bien dans les chaînes de production que dans la logistique et la distribution. Cet aspect attire l’attention des autorités provinciales, qui misent sur l’implantation d’acteurs industriels lourds pour compenser la volatilité des filières minières.
Par ailleurs, l’emplacement choisi – à proximité directe de la route nationale n°1 – facilite l’acheminement des marchandises et renforce l’attractivité de la zone économique spéciale. Selon des sources proches du projet, le calendrier de construction reste à définir, mais les travaux pourraient débuter d’ici la fin de l’année si les procédures administratives sont bouclées.
L’arrivée de Varun Beverages dans le sud du pays confirme une tendance : les grandes marques mondiales ajustent leurs modèles de distribution pour répondre à la réalité d’un marché congolais en croissance, mais exigeant. L’ancrage local devient un impératif stratégique, et les dispositifs comme les ZES jouent un rôle structurant dans l’installation d’un tissu industriel pérenne.
— M. KOSI
