Site icon LePoint.cd

Malta David Forrest : « La construction en RDC connaît un boom, mais sans planification urbaine, les villes s’asphyxient »

Malta David Forrest

Le directeur général du Groupe Forrest International, Malta David Forrest, dresse un portrait sans concessions du secteur de la construction en République démocratique du Congo. Boom résidentiel, déficit de planification urbaine, dépendance aux importations de matériaux et concurrence des acteurs étrangers, le tableau est celui d’un marché porteur mais structurellement fragile.

Le constat de départ est frappant. Kinshasa est passée d’environ 11 à 12 millions d’habitants en 2015 à près de 17 millions estimés en 2025, avec un million supplémentaire attendu dans les prochaines années. Cette pression démographique alimente une demande massive en logements, mais elle s’est développée sans planification suffisante. « Les tracés de routes n’ont pas été pensés en amont, il n’y a pas eu de plan urbanistique structuré pour organiser l’expansion des villes. Beaucoup de choses se sont faites dans le désordre », déplore-t-il.

Les conséquences sont visibles. La congestion permanente à la Gombe, où se concentrent administrations, centres financiers et grandes entreprises, plombe la productivité. Les inondations récurrentes à Kinshasa ne sont pas seulement imputables aux pluies. Elles résultent aussi d’un réseau d’assainissement insuffisant et d’implantations urbaines mal maîtrisées, avec des dégâts humains et économiques considérables chaque année.

Paradoxalement, un autre facteur alimente le boom immobilier : la difficulté croissante d’exporter des capitaux. « Les banques étrangères sont très regardantes, les flux financiers en provenance de la RDC font l’objet d’une attention particulière. Plutôt que de chercher à investir à l’extérieur, beaucoup choisissent désormais d’investir localement », explique Malta David Forrest. La construction s’impose comme valeur refuge, tangible et visible.

Ciment importé, bitume absent, énergie insuffisante : les contraintes de la filière

Sur les matériaux, la situation est révélatrice des limites industrielles du pays. GFI dispose de ses propres carrières à Kolwezi et Lubumbashi pour les granulats. Mais le ciment local reste insuffisant face à la demande, freiné par le déficit énergétique des cimenteries. Le bitume, lui, est entièrement importé. « Nous préférerions, chaque fois que possible, nous approvisionner localement. Malheureusement, l’absence d’une filière industrielle locale structurée pour certains matériaux clés nous oblige à dépendre des importations », reconnaît-il.

Cette dépendance, combinée aux coûts de transport vers des zones reculées, explique en grande partie le prix élevé de la construction en RDC. Malta David Forrest plaide pour le développement d’une industrie locale des matériaux, soutenue par une énergie fiable et compétitive.

Sur la concurrence avec les acteurs internationaux, il formule une demande claire : étendre aux entreprises de construction l’obligation déjà en vigueur dans le secteur minier, qui impose de recourir à des sous-traitants détenus à plus de 51 % par des capitaux congolais. « Une politique similaire permettrait de donner un véritable coup d’accélérateur aux entreprises congolaises, de favoriser l’emploi local et d’éviter que des marchés importants soient confiés à des entreprises étrangères qui font souvent appel à une main-d’œuvre venue de l’extérieur. »

— Joldie KAKESA

Quitter la version mobile