La rivalité économique entre la Chine et les États-Unis se déplace progressivement vers les minerais critiques. Pékin ne cherche plus seulement à concurrencer Washington dans les produits technologiques finis. La stratégie chinoise consiste surtout à contrôler les matières premières et les chaînes industrielles indispensables à la fabrication des batteries, des semi-conducteurs, des équipements militaires et des technologies numériques. Les terres rares, le gallium, le germanium, l’antimoine ou encore le magnésium sont devenus des ressources centrales dans cette confrontation entre les deux premières puissances économiques mondiales.
Selon une analyse publiée par Engunda Ikala, la véritable force stratégique de la Chine repose moins sur la possession des gisements que sur sa domination des capacités de raffinage et de transformation industrielle. Pékin contrôle aujourd’hui une part importante du traitement des terres rares ainsi que plusieurs technologies utilisées pour séparer et transformer les minerais critiques avant leur intégration dans les chaînes de production mondiales. Cette avance industrielle s’est renforcée depuis le début des années 2020 avec l’adoption d’une loi chinoise sur le contrôle des exportations. Ce dispositif permet aux autorités d’imposer des licences, des quotas ou des restrictions ciblées sur certains produits jugés stratégiques.
La stratégie chinoise est devenue plus offensive à partir de 2023. Pékin a commencé à limiter l’exportation de certaines technologies liées au raffinage des terres rares afin d’empêcher les pays occidentaux de développer rapidement leurs propres capacités industrielles. Les restrictions se sont ensuite étendues à plusieurs métaux critiques comme le gallium, le germanium, le bismuth ou encore certaines terres rares utilisées dans les radars, les missiles guidés, les avions de chasse et les systèmes de communication sécurisés. Pour plusieurs analystes, cette politique permet à la Chine de fragiliser progressivement les chaînes d’approvisionnement américaines et occidentales sans recourir directement à une confrontation militaire.
Cette dépendance représente aussi un risque pour l’industrie de défense américaine. Les équipements militaires modernes utilisent d’importantes quantités de terres rares et de métaux stratégiques. Une perturbation durable des approvisionnements pourrait ralentir la production, augmenter les coûts industriels et compliquer la maintenance des systèmes militaires. Les États-Unis tentent déjà de diversifier leurs sources d’approvisionnement et d’investir dans de nouvelles capacités minières et industrielles. Mais la construction d’usines de raffinage et le développement de nouvelles chaînes de valeur nécessitent plusieurs années ainsi que des investissements très élevés.
Dans cette nouvelle géopolitique industrielle, la République démocratique du Congo occupe une position stratégique. Premier producteur mondial de cobalt et acteur majeur du cuivre, la RDC se retrouve au cœur des chaînes d’approvisionnement liées à la transition énergétique et aux nouvelles technologies. Mais l’analyse souligne aussi que la souveraineté minière ne dépend plus uniquement de l’exploitation des ressources naturelles. Elle repose désormais sur la capacité des pays producteurs à transformer localement leurs minerais, à développer des infrastructures énergétiques et à construire leurs propres chaînes industrielles.
Pour plusieurs experts, l’avenir de la bataille mondiale des minerais critiques ne se décidera pas seulement dans les mines africaines. Il dépendra aussi des capacités de raffinage, de transformation industrielle et de maîtrise technologique qui permettront de convertir les ressources brutes en produits stratégiques à forte valeur ajoutée.
— Peter MOYI
