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RDC : 36 % de connectivité, 20 % de haut débit, le gouvernement ajuste la fiscalité dans un secteur encore fragile

Fwamba

Le gouvernement congolais prépare une réforme de la fiscalité du numérique pour mieux mobiliser les recettes publiques, tout en évitant de freiner un secteur encore peu structuré. L’annonce a été faite par le ministre des Finances, Doudou Fwamba, en marge des États Généraux des PTNTIC, avec l’ambition de clarifier les règles et de rendre le cadre plus lisible pour les investisseurs.

L’exécutif veut réduire l’incertitude réglementaire qui pèse sur le secteur, en particulier sur les services financiers numériques comme le mobile money. L’idée est de mieux encadrer leur contribution fiscale, sans casser leur dynamique. Cette orientation intervient alors que le marché congolais reste encore limité sur le plan technique. Le pays compte environ 36 millions d’internautes, soit 36 % de la population, mais seuls 20 % disposent d’un accès au haut débit. Concrètement, une partie importante des utilisateurs peut se connecter, mais peu disposent d’une qualité suffisante pour développer des activités économiques en ligne.

Un usage du numérique encore centré sur les réseaux sociaux

Cette contrainte technique se reflète dans les usages. En RDC, Internet est largement utilisé pour les réseaux sociaux, tandis que le commerce en ligne, les services administratifs numériques ou les outils professionnels restent peu développés. Le numérique progresse en nombre d’utilisateurs, mais génère encore peu de valeur économique. Le mobile money illustre ce décalage : avec 34 millions de comptes actifs, il constitue un levier central d’inclusion financière, en permettant à une large partie de la population d’accéder à des services financiers sans passer par les banques classiques. Mais ces services restent dominés par des opérations simples, sans encore soutenir une transformation productive à grande échelle.

Dans le même temps, le marché des télécommunications affiche une forte concurrence entre opérateurs, mais reste concentré. La RDC compte 59,7 millions d’abonnés mobiles et 30,7 millions d’utilisateurs d’Internet mobile, soit 31 % de la population. Trois acteurs dominent : Vodacom Congo avec 36,78 % des abonnés, Airtel RDC avec 28,79 % et Orange RDC avec 28,33 %. Airtel se distingue en générant le plus de revenus, ce qui montre que la compétition se joue désormais davantage sur la capacité à créer de la valeur que sur le volume d’abonnés.

À l’échelle internationale, l’écart reste important. Dans les économies avancées, plus de 85 % de la population est connectée et entre 60 et 80 % des entreprises utilisent le numérique dans leurs activités, avec des investissements en recherche qui dépassent 2 % du PIB. En Afrique, ces niveaux sont nettement plus faibles, avec environ 45 % de connectivité, 20 à 30 % d’entreprises digitalisées et 0,3 à 0,5 % du PIB consacré à la recherche. La RDC se situe dans cette moyenne, mais reste marquée par un écart entre l’accès à Internet et son utilisation dans des activités productives.

Dans ce contexte, plusieurs experts appellent à la prudence dans la mise en place de nouvelles taxes. Une pression fiscale trop élevée pourrait ralentir l’adoption des services numériques, décourager les investissements et limiter l’innovation. Le défi principal reste donc d’améliorer les bases du secteur : renforcer les infrastructures, réduire le coût d’accès à Internet et encourager les entreprises à intégrer le numérique dans leurs opérations.

Le gouvernement mise sur une stratégie plus large pour accompagner cette transformation. Le Plan national du numérique 2026-2030 prévoit 1 milliard USD d’investissements publics et 500 millions USD de financements extérieurs pour développer les infrastructures, digitaliser les services publics, former les compétences locales et renforcer la cybersécurité. Une académie dédiée à l’intelligence artificielle est également annoncée. Dans ce cadre, la réforme fiscale devra s’adapter au niveau réel de maturité du marché, car le pays a déjà franchi une étape importante en matière d’accès, mais doit encore transformer cet accès en croissance économique durable.

— Peter MOYI

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