La République démocratique du Congo affiche en 2025 une croissance estimée à 5,5 %, supérieure à la moyenne de l’Afrique subsaharienne, mais cette performance reste peu perceptible dans les conditions de vie de la population. Dans un rapport publié le 24 mars, la Banque mondiale met en évidence un déséquilibre majeur : les entreprises publiques, pourtant au cœur des secteurs stratégiques, ont accumulé près de 5,3 milliards USD de pertes en une décennie. Ce montant équivaut à près de dix années de budget national consacré à la santé, révélant l’ampleur de la pression exercée sur les finances publiques.
Présentes dans des secteurs clés comme l’énergie, l’eau, les transports et les mines, ces entreprises jouent un rôle central dans le fonctionnement de l’économie. Mais leur faible performance limite leur capacité à soutenir la croissance et à fournir des services essentiels. Dans un pays où plus de 80 % de la population vit sous le seuil international de pauvreté, cette situation met en évidence un décalage persistant entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité sociale. L’économie reste largement tirée par le secteur minier, sans diffusion suffisante de la richesse vers les autres segments productifs ni vers les ménages.
La Banque mondiale considère que ces entreprises constituent à la fois un risque budgétaire et un frein au développement. Les pertes cumulées réduisent les marges de manœuvre de l’État et limitent sa capacité à investir dans les infrastructures et les services publics. Cette inefficacité structurelle se traduit aussi par une qualité de service insuffisante, notamment dans l’accès à l’électricité, à l’eau et aux transports, ce qui pèse sur l’activité économique et l’attractivité du pays pour les investisseurs.
Face à ce constat, l’institution appelle à des réformes structurelles visant à transformer en profondeur la gouvernance des entreprises publiques. Elle recommande une clarification des responsabilités, une professionnalisation des équipes dirigeantes et un renforcement de la transparence financière. L’objectif est de réduire les pertes, améliorer la performance opérationnelle et repositionner ces entreprises comme des leviers de développement plutôt que comme des centres de coûts. Sans ces ajustements, la RDC risque de maintenir une croissance portée par les ressources naturelles, sans parvenir à construire une économie diversifiée et inclusive.
— M. MASAMUNA

