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RDC : 8 à 12 millions de dollars échappent chaque jour aux régulations, la COCAM réclame un accord avec la Banque centrale

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La Confédération des cambistes de la République démocratique du Congo (COCAM-RDC) a sollicité lundi à Kinshasa l’autorisation officielle du gouvernement, par l’entremise de la Banque centrale du Congo (BCC), pour lancer la formalisation du change manuel. Un appel qui traduit l’urgence d’organiser un secteur longtemps resté informel.

Donat Lenghu Mpeya, président de la COCAM-RDC, a précisé que l’absence d’une convention formelle avec la BCC freine encore le processus. Selon lui, un accord signé ouvrirait la voie à une vaste campagne nationale de sensibilisation auprès des changeurs de rue, afin de les intégrer progressivement dans un cadre réglementé.

Le projet prévoit une identification systématique de tous les cambistes, souvent appelés « changeurs manuels« , étape indispensable à leur regroupement futur en bureaux de change agréés, conformément aux normes fixées par l’autorité monétaire. Cette démarche vise à assainir un marché parallèle qui, selon les estimations, traite quotidiennement entre 8 et 12 millions de dollars sans véritable contrôle officiel, d’après un rapport économique de l’Institut congolais des statistiques.

L’an dernier déjà, la COCAM-RDC avait réuni ses membres lors d’un atelier de réflexion tenu à Kinshasa. L’objectif : réfléchir aux moyens de mettre de l’ordre dans l’activité de change manuel, en s’appuyant notamment sur l’instruction administrative numéro 007 émise par la BCC. Ce texte, peu connu du grand public, impose à toute personne physique ou morale désireuse d’opérer dans ce domaine d’obtenir un agrément formel.

L’article 6, alinéa 1 de cette instruction précise que seul un acte d’agrément donne droit au statut officiel de cambiste ou de bureau de change. Pourtant, malgré la publication de cette norme, son application reste limitée, freinée par l’absence de mécanismes clairs d’intégration des acteurs existants.

L’enjeu économique n’est pas négligeable : formaliser le change manuel permettrait non seulement de sécuriser les transactions, mais aussi d’élargir l’assiette fiscale du pays. En 2023, la Banque mondiale évaluait à près de 30 % la part des flux financiers informels dans l’économie congolaise.

À l’heure où la République démocratique du Congo cherche à stabiliser son marché des devises, structurer le secteur du change manuel s’impose comme une étape incontournable. La formalisation pourrait aussi contribuer à réduire la spéculation sur le franc congolais, dont la dépréciation annuelle avoisine 12 % selon les dernières données de la Banque centrale.

Si l’accord est signé dans les prochains mois, la COCAM-RDC prévoit de débuter l’identification des cambistes dès le troisième trimestre 2025, avec pour ambition de transformer un secteur dispersé en une véritable industrie réglementée.

— Peter MOYI

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