Au 6 janvier 2026, la Banque Centrale du Congo fixe le taux de change indicatif à 2 234,0340 CDF pour 1 USD. L’inflation, arrêtée au 27 décembre 2025, ressort à 0,318 % sur la semaine, pour un cumul annuel de 2,265 %, un niveau qui confirme une décélération des prix par rapport aux périodes de tensions récurrentes. Côté politique monétaire, le signal reste ferme, taux directeur à 17,5 % et taux de prêt marginal à 21,5 %, une combinaison destinée à éviter un retour de pression sur le change et sur les prix.
Le glissement du dollar depuis la zone 2 200–2 210 CDF fin décembre vers 2 234 CDF début janvier ressemble à un ajustement de reprise d’activité en début d’exercice. Ce type de mouvement se produit lorsque les besoins de liquidité se reconstituent et que les paiements budgétaires reprennent. La variation est contenue, loin des phases de volatilité où le marché se désorganise et où la prime de risque s’installe.
Une stabilisation encore fragile, car tout se joue sur la liquidité et la discipline budgétaire
Le cœur du message de la BCC se lit dans ses taux. Un taux directeur à 17,5 % signifie que la banque centrale maintient le prix de l’argent à un niveau élevé pour limiter l’expansion du crédit et, surtout, contenir la liquidité. La logique est technique mais simple, plus la liquidité en francs augmente vite, plus la demande de devises peut s’accélérer, et plus le taux de change se dégrade. Le taux de prêt marginal à 21,5 %, appliqué aux refinancements d’urgence, renforce ce verrou, il décourage les banques de se tourner facilement vers la banque centrale pour se financer, afin d’éviter que la monnaie injectée ne se transforme en pression sur le dollar.
Cette posture restrictive a un coût, le crédit reste cher et l’accès au financement se durcit pour les entreprises et les ménages. Mais l’objectif prioritaire est macroéconomique, protéger l’ancrage du change et préserver la désinflation. L’inflation cumulée de 2,265 % reste faible pour une économie très exposée aux importations, ce qui suggère que l’accalmie du marché des changes au second semestre 2025 a continué à se transmettre aux prix. Pour la population, cela se traduit par une moindre accélération du panier de consommation, même si l’effet n’est jamais uniforme selon les produits.
Un autre indicateur vient nuancer les débats sur les effets d’un franc plus fort, les recettes de l’État. Les graphiques officiels relayés par la BCC indiquent qu’en novembre 2025, comme depuis le début de l’année, les recettes publiques réalisées ont dépassé les assignations budgétaires. En clair, la mobilisation a été meilleure que prévu, malgré l’appréciation du franc au dernier trimestre. Ce point est surveillé car une monnaie qui s’apprécie peut, dans certains cas, réduire la valeur en francs des encaissements liés à des flux en devises. Le fait que les réalisations restent au-dessus des assignations signifie que d’autres leviers ont joué, amélioration du recouvrement, discipline des régies financières, et, selon les pratiques budgétaires, intégration d’avances fiscales dans les recettes cumulées, un sujet qui alimente régulièrement les discussions techniques entre autorités monétaires et budgétaires.
L’enjeu pour 2026 est donc moins la photographie du 6 janvier que la capacité à tenir la trajectoire, garder la liquidité sous contrôle, éviter un choc sur les importations, et maintenir une discipline budgétaire compatible avec l’objectif de stabilité. La séquence actuelle montre qu’un change plus stable, une inflation contenue et des recettes au-dessus des prévisions peuvent coexister, à condition que la coordination des politiques publiques ne se relâche pas.
M. MASAMUNA
