La RDC possède un potentiel hydroélectrique estimé à près de 100 000 MW. Avec Inga et Transaqua, le pays doit donc considérer l’eau et l’énergie non seulement comme des ressources naturelles, mais comme des leviers économiques et stratégiques. Dans un contexte de forte croissance démographique et de demande accrue en électricité, cette question dépasse largement le cadre technique.
Le fleuve Congo offre une base énergétique rare sur le continent. Son débit régulier permet d’envisager une production stable d’électricité, essentielle pour faire fonctionner une économie moderne. Le projet Inga III s’inscrit dans cette logique. Malgré ses contraintes financières, environnementales et sociales, il peut fournir une énergie continue, utile pour les mines, les industries, les transports et les ménages. Contrairement aux sources intermittentes comme le solaire ou l’éolien, l’hydroélectricité permet d’alimenter en permanence les activités économiques. Pour la RDC, l’enjeu dépasse la simple production d’électricité : il s’agit d’utiliser cette énergie pour transformer localement les ressources minières, notamment le cuivre et le cobalt, et ainsi créer plus de valeur sur le territoire.
Les solutions décentralisées, comme les mini-réseaux solaires ou les petites centrales, restent nécessaires pour améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales. Elles répondent à des besoins immédiats et ciblés. Mais elles ne suffisent pas à soutenir une industrialisation à grande échelle. Un pays de plus de 100 millions d’habitants a besoin d’infrastructures lourdes capables de produire en grande quantité sur le long terme. C’est dans ce cadre que les grands barrages prennent leur importance, à condition d’être bien planifiés et correctement encadrés.
L’eau du bassin du Congo au cœur des équilibres régionaux
Le projet Transaqua pose une autre question, plus sensible. Il prévoit de détourner une partie des eaux du bassin du Congo vers le lac Tchad pour faire face à la baisse de son niveau. L’objectif est de soutenir les pays du Sahel confrontés à la sécheresse. Mais ce projet peut avoir des conséquences importantes pour la RDC. Le bassin du Congo forme un système complexe qui influence la navigation, l’agriculture, la pêche, les réserves d’eau souterraine, la biodiversité et même les conditions climatiques locales. Modifier les flux d’eau peut donc déséquilibrer cet ensemble et affecter aussi la production hydroélectrique en aval, notamment à Inga.
Dans ce contexte, la question de la souveraineté devient centrale. La RDC ne peut pas considérer ses ressources en eau comme disponibles sans condition. Toute décision de transfert doit reposer sur des études scientifiques indépendantes, une transparence totale des données et une consultation des populations concernées. L’eau est aujourd’hui une ressource stratégique au même titre que les minerais ou l’énergie. Dans plusieurs régions du monde, elle est déjà source de tensions entre États. La RDC doit donc structurer une diplomatie de l’eau capable de défendre ses intérêts tout en participant aux équilibres régionaux.
Penser l’eau et l’énergie sur le long terme implique de dépasser les approches sectorielles. Ces ressources doivent être intégrées dans une stratégie globale qui relie l’économie, l’environnement, l’aménagement du territoire et les besoins des populations. Les projets comme Inga peuvent devenir des moteurs d’industrialisation s’ils s’accompagnent d’une gouvernance claire, d’un financement solide et d’une vision cohérente. Transaqua, de son côté, nécessite une approche prudente, car il touche directement à l’équilibre hydrique du pays. La RDC dispose d’un avantage naturel important, mais sa transformation en puissance économique dépendra des choix politiques, techniques et stratégiques qui seront faits dans les prochaines années.
— Peter MOYI
