La République démocratique du Congo s’apprête à relancer, en avril 2026, les négociations autour du projet hydroélectrique Inga III avec l’Afrique du Sud, dans un contexte marqué par la montée des besoins énergétiques et industriels sur le continent. Avec une capacité annoncée de 11 000 MW et un investissement estimé à plus de 10 milliards USD, ce projet s’impose comme l’un des plus ambitieux du secteur énergétique africain, bien au-delà de son impact national.
L’équilibre économique du projet repose en grande partie sur le rôle de l’Afrique du Sud comme principal acheteur d’électricité. Pretoria envisage de porter ses importations de 2 500 MW à 5 000 MW, un engagement qui constitue un élément clé de bancabilité. Dans les grands projets d’infrastructures énergétiques, la présence d’un « off-taker » solide reste déterminante pour sécuriser les financements et rassurer les investisseurs. Cette dynamique repositionne Inga III non seulement comme un projet congolais, mais comme une infrastructure régionale structurante.
Au-delà des chiffres, le projet s’inscrit dans une logique d’intégration énergétique du continent. Soutenu notamment par Banque mondiale et la Banque africaine de développement, Inga III constitue une pièce centrale d’un système interconnecté reliant les pools énergétiques d’Afrique australe, centrale et orientale. Cette architecture vise à optimiser la distribution de l’électricité à l’échelle régionale, en mutualisant les capacités de production et en réduisant les déséquilibres entre zones excédentaires et déficitaires.
Le projet s’appuie sur le potentiel du fleuve Congo, considéré comme le plus puissant au monde en termes de débit, pour produire une énergie renouvelable de base, capable d’alimenter en continu les réseaux électriques. Dans un contexte de volatilité des marchés des énergies fossiles, cette orientation vers une production hydroélectrique massive constitue un levier de stabilité pour les économies africaines.
Sur le plan industriel, Inga III est perçu comme un catalyseur de transformation. L’accès à une énergie abondante et stable reste une condition essentielle pour le développement des industries lourdes, la transformation locale des ressources et l’émergence de nouvelles chaînes de valeur. Dans cette perspective, le projet dépasse le cadre énergétique pour s’inscrire dans une stratégie de long terme visant à soutenir l’industrialisation du continent.
Le retour des discussions en 2026 traduit un alignement progressif entre volonté politique et ambition technique, après plusieurs années de blocages. Si les défis restent importants, notamment en matière de financement, de gouvernance et de mise en œuvre, cette relance marque une étape décisive pour un projet qui pourrait redéfinir la place de la RDC dans le paysage énergétique africain.
— M. KOSI
