La Banque Centrale du Congo (BCC) a reçu ses premiers lingots d’or dans le cadre d’un accord signé en février avec la société publique DRC Gold Trading SA. Près d’un demi-siècle après, le pays renoue ainsi avec l’or monétaire, marquant le retour de ce métal dans les réserves nationales.
L’or artisanal au cœur d’un nouveau circuit officiel
Le contrat signé entre la BCC et DRC Gold Trading SA commence déjà à produire des résultats. L’entreprise publique, spécialisée dans l’achat, la canalisation et la transformation de l’or artisanal, a livré ses premiers lots de lingots à l’Institut d’émission. Cette démarche répond à un objectif précis : structurer une filière longtemps dominée par l’informel et transformer une production dispersée en un actif stratégique pour l’économie nationale. Concrètement, l’or extrait par les exploitants artisanaux est collecté, raffiné selon des standards internationaux, puis intégré aux réserves officielles, ce qui permet à l’État de mieux suivre les volumes produits et de limiter les sorties non contrôlées.
L’enjeu est à la fois fiscal et macroéconomique. Une part importante de l’or congolais échappait jusqu’ici aux circuits officiels, réduisant les recettes publiques et compliquant la traçabilité. En organisant cette chaîne, les autorités cherchent à capter davantage de valeur, sécuriser les flux et intégrer progressivement les acteurs artisanaux dans l’économie formelle. Dans le même temps, l’entrée de l’or dans les réserves de la Banque centrale modifie la composition des actifs du pays. Ces réserves, qui servent à soutenir la monnaie et à absorber les chocs extérieurs, reposaient surtout sur des devises étrangères. L’or vient les compléter avec un actif reconnu pour sa capacité à conserver sa valeur, notamment en période d’instabilité des marchés, ce qui peut renforcer la solidité financière et la crédibilité du pays.
La montée en puissance de cette stratégie dépendra désormais de sa mise en œuvre opérationnelle. DRC Gold Trading SA devra étendre ses réseaux d’approvisionnement, augmenter ses capacités de raffinage et sécuriser la chaîne logistique afin de capter une part plus importante de la production artisanale. Si ces conditions sont réunies, la RDC pourra progressivement transformer son potentiel aurifère en un levier concret de stabilité économique et de souveraineté financière.
— M. KOSI
