La République démocratique du Congo pourrait avoir perdu près de 800 millions de dollars de recettes en 2025 à cause de produits pétroliers importés par la frontière Sud mais non déclarés et donc non dédouanés. L’information ressort d’une correspondance officielle attribuée à la ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubuila Mbongo, adressée au directeur général de la Direction générale des Douanes et Accises (DGDA).
Dans ce document, la ministre dit constater une divergence entre les volumes de produits pétroliers entrés par la voie Sud et ceux effectivement déclarés. Les chiffres évoqués font état d’environ 2 millions de mètres cubes importés en 2025, alors qu’environ 1 million de mètres cubes seulement auraient été dédouanés avec paiement des droits et taxes. La moitié restante n’aurait donc pas alimenté le Trésor public, d’où l’estimation d’un manque à gagner proche de 800 millions USD sur la seule année 2025.
Au-delà de l’impact budgétaire, l’affaire met en lumière une fragilité bien connue des économies extractives : quand l’État peine à sécuriser les flux — qu’il s’agisse de minerais à l’export ou de produits énergétiques à l’import — les pertes de recettes deviennent rapidement massives. Dans un pays où les mines pèsent lourd dans la balance commerciale, le secteur des hydrocarbures reste, lui, stratégique pour l’activité quotidienne : transport, industrie, prix à la pompe et coût de la vie.
Complicités internes évoquées et pression parlementaire
La correspondance ministérielle mentionne aussi des présomptions de fraude douanière et de possibles complicités internes. Des éléments d’enquête évoqueraient la transmission d’informations confidentielles à un opérateur pétrolier par un responsable de la brigade douanière provinciale.
Les cargaisons concernées appartiendraient à VEXHOR, cédées sous douane à PANDA International Congo, avant d’être entreposées dans un dépôt privé puis acheminées par camions-citernes. Le document évoque un environnement jugé sensible, avec des risques sécuritaires pour certains agents chargés des contrôles.
Le dossier est désormais aussi sur le terrain du contrôle parlementaire. Le député national Éric Tshikuma a adressé une question écrite au directeur général de la DGDA, demandant des éclaircissements sur les écarts constatés dans la zone Sud, notamment au Haut-Katanga, ainsi que sur la traçabilité des cargaisons et les mesures envisagées pour protéger les recettes publiques.
De son côté, la ministre des Hydrocarbures recommande des mesures administratives rapides, dont la suspension préventive des agents cités, en attendant les conclusions des investigations, et la rédaction d’un rapport circonstancié par la direction provinciale de la DGDA au Haut-Katanga.
— M. KOSI
