La production de cacao progresse rapidement en République démocratique du Congo. En 2023, le pays a produit environ 35 000 tonnes, contre 22 058 tonnes en 2019, soit une hausse proche de 59 % en cinq ans. Cette évolution permet à la RDC de gagner progressivement en visibilité sur le marché africain et mondial du cacao. Selon les données reprises par Tridge et la FAO, le pays occupait en 2023 le 12e rang mondial des producteurs. La culture est principalement concentrée dans l’Est, notamment à Beni, en Ituri et au Nord-Kivu, avec d’autres zones de production dans la Tshopo, le Kongo Central, le Maï-Ndombe et l’Équateur. À Beni, le ministère de l’Agriculture évoque même une production pouvant atteindre environ 70 000 tonnes, ce qui montre l’importance croissante de cette région dans la filière cacao congolaise malgré l’insécurité persistante.
Cette progression de la production ne s’accompagne toutefois pas encore d’une véritable industrialisation. La RDC transforme très peu son cacao localement et continue d’exporter principalement des fèves brutes après fermentation et séchage. La plus grande partie de la valeur ajoutée liée au beurre de cacao, à la poudre, à la pâte ou au chocolat reste donc captée à l’étranger. Quelques initiatives locales tentent de faire évoluer cette situation. À Mutwanga, près de Beni, une unité agro-industrielle soutenue autour du Parc national des Virunga transforme localement du cacao, du café et de l’huile de palme. Des produits alimentaires, du savon et du chocolat y sont fabriqués à partir de matières premières congolaises. Mais ces expériences restent encore limitées face aux besoins du secteur et ne suffisent pas à structurer une industrie nationale capable d’absorber une part importante de la production.
Exportations en hausse, mais des défis persistants
Sur le plan commercial, les exportations progressent fortement grâce à la hausse des prix internationaux du cacao. Selon les données de l’Observatory of Economic Complexity citées dans le document analysé, la RDC aurait exporté environ 351 millions USD de fèves de cacao en 2024, contre environ 144,5 millions USD en 2023. Cette évolution placerait le pays au 11e rang mondial des exportateurs de fèves. Les principales destinations du cacao congolais incluent notamment la Malaisie, l’Inde et les Pays-Bas. Malgré ces performances, la filière reste confrontée à plusieurs obstacles structurels comme le manque d’électricité, l’état dégradé des routes, l’accès limité au financement industriel, l’insuffisance des laboratoires de contrôle et les faibles capacités de certification.
La fraude constitue aussi une faiblesse importante pour le secteur. Selon des informations relayées en 2025 par Radio Okapi sur base du ministère de l’Agriculture, près de 35 000 tonnes de cacao auraient été exportées frauduleusement de l’Ituri vers l’Ouganda depuis le début de l’année, notamment via le lac Albert. Cette situation prive l’État de recettes fiscales et complique la traçabilité du cacao congolais sur les marchés internationaux.
Le contexte international devient également plus exigeant. À partir du 30 décembre 2026, l’Union européenne exigera que plusieurs produits agricoles, dont le cacao, prouvent qu’ils ne proviennent pas de zones touchées par la déforestation. Face à cette nouvelle réglementation, Kinshasa tente de renforcer ses capacités de certification. En avril 2026, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku avait annoncé un appui américain destiné à former des experts congolais dans la certification du cacao et du café.
Pour plusieurs économistes agricoles, le potentiel de la filière cacao congolaise reste important. Mais l’enjeu dépasse désormais la simple augmentation des volumes produits. La RDC devra mieux organiser ses exportations, sécuriser les zones de production et surtout développer une transformation locale capable de retenir davantage de valeur sur son territoire au lieu de continuer à exporter principalement des matières premières brutes.
— Peter MOYI
