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RDC : le déficit budgétaire dépasse les prévisions dès janvier 2026, l’État se tourne vers l’emprunt intérieur

déficite

Le déficit public de la République démocratique du Congo s’est nettement creusé au tout début de l’année 2026. D’après les chiffres de la Banque centrale du Congo (BCC), l’État affiche à fin janvier un déficit de 1 037,5 milliards de francs congolais (CDF), alors que le déficit mensuel programmé était de 688,2 milliards CDF. Une tension qui renvoie à un problème récurrent : des dépenses qui avancent plus vite que les recettes, avec, en réponse, un recours plus fréquent à l’emprunt sur le marché local.

À la mi-février, l’écart reste visible. Au 12 février 2026, les recettes de l’État atteignent 759,6 milliards CDF, tandis que les dépenses s’élèvent à 812,4 milliards CDF, selon la BCC. Le budget reste donc en déficit, dans un contexte où la pression sur les finances publiques demeure forte.

Emprunt intérieur : un financement rapide, mais un équilibre à surveiller

Pour couvrir ce besoin de financement, le gouvernement privilégie surtout les émissions de titres publics, autrement dit l’emprunt sur le marché intérieur. Cette option permet de mobiliser des ressources sans dépendre immédiatement de financements extérieurs. Mais elle peut aussi déplacer la pression vers le système bancaire.

Quand l’État emprunte davantage localement, une partie des liquidités disponibles peut être absorbée par les titres publics. Les banques ont alors moins de marge pour financer les entreprises et les ménages. Ce mécanisme, connu sous le nom d’effet d’éviction, peut peser sur l’investissement privé et ralentir l’activité, surtout dans un pays où le système financier reste relativement limité en profondeur.

Cette situation renvoie aussi à des contraintes plus anciennes. La BCC pointe les limites structurelles de la mobilisation des recettes internes : une base imposable jugée faible et une dépendance importante aux revenus liés aux matières premières. Cela rend l’équilibre budgétaire plus fragile, en particulier lorsque les besoins de l’État augmentent.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est macroéconomique. Un déficit élevé, s’il devient difficile à financer, peut alimenter des tensions sur les prix ou renforcer la pression sur la monnaie. La Banque centrale situe cette gestion budgétaire dans un environnement marqué par une dépréciation progressive du franc congolais et une forte demande de devises, ce qui accroît la sensibilité de l’économie aux déséquilibres.

La BCC insiste enfin sur la coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, et encourage un effort sur la mobilisation des recettes : meilleure perception des impôts, taxes et redevances en monnaie nationale, lutte contre la fraude et élargissement de l’assiette fiscale. Des leviers attendus pour réduire la dépendance à l’emprunt et stabiliser la trajectoire budgétaire sur l’ensemble de 2026.

— Peter MOYI

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